La plus ancienne mention évoquant un pont à la Roque Sainte Marguerite remonte au XVe siècle. En 1454, les coseigneurs de La Roque permirent aux habitants de construire un pont au lieu appelé la teule de la planque vieille à condition de payer un droit de passage et de supporter une imposition pour subvenir aux frais et aux dépens de la construction de celui-ci. Ce pont répondait à d’importants besoins.
En effet, on exploitait des deux côtés de la rivière. Les paysans du Causse Noir et ceux du Larzac accédaient au même moulin à blé situé au-dessous du château. En témoigne cet acte du 1er juin 1676 dans lequel les habitants du village de Montredon reconnaissent que « conformément aux titres anciens », ils sont obligés d’aller moudre leurs grains au moulin de la Roque, dont les tenanciers sont Charles Lacaze, Jean Froment, François Foulquier. (Jean Sévérac, notaire de Millau).
Succombant aux assauts des inondations des ponts puis des passerelles ont dû se succéder. P. Ucla mentionne même l’existence d’un gué à la place du pont : « Le 17 octobre 1678, les habitants présentaient requête à Monseigneur de Foucauld, Commissaire délégué pour l’exécution des ordres du Roy en la Généralité de Montauban, lui remontrant la nécessité de construire un pont sur la Dourbie. Les nombreuses mentions figurant dans les registres paroissiaux du début du siècle suivant prouvent qu’ils n’avaient pas encore obtenu satisfaction » (Ce pays d’où nous venons, 1984)

Les délibérations communales de Montméjean mentionnent l’existence de passerelle.
1 germinal an IV, commune de la Roque Sainte Marguerite : pour l’achat de deux arbres pour faire un pont sur la Dourbie et frais pour le mettre en place (80 francs) 30 pluviôse an X, commune de la Roque Sainte-Marguerite : la mairie a dépensé pour acheter un arbre pour former le passage sur la rivière Dourbie. Celui qui avait été acheté en l’an IX n’ayant pas pu faire la traversée de l’entière rivière (40 francs). Il n’était pas assez long. De telles dépenses se renouvellent les 14 pluviose an 11, 30 pluviose an 12. La crue de mars 1812, fit de grands ravages, il fallait agir de nouveau pour remplacer au mieux cette construction artisanale.
Le 29 avril 1823, le conseil général de l’Aveyron accorde à la commune de la Roque Sainte Marguerite la somme de treize cent trente francs pour les réparations faites au pont. Il ne s’agissait vraisemblablement pas d’un pont en pierre comme nous le connaissons aujourd’hui, mais plutôt d’une passerelle. Si l’on en doutait un fait divers nous l’apprendrait : « Dernièrement, nous enregistrons un acte de dévouement, qui a eu lieu à la Roque Sainte Marguerite ; nous sommes heureux de pouvoir dire qu’il avait été précédé par un autre semblable, quelques jours auparavant. Dans la nuit du 1er juillet, le sieur Laurent Forgues, cultivateur à la Roque Sainte Marguerite, a retiré, du fond d’un gouffre formé par les eaux de la Dourbie, en aval de la passerelle qui conduit au hameau de Pierrefiche, le sieur Gély, fermier du domaine de Graniers, qui se noyait. » (Echo de la Dourbie, 20 août 1859).
Après les réparations faites au pont-passerelle, l’ouvrage devait à nouveau et très rapidement subir les inondations de la Dourbie, celle du 17 au 18 septembre 1826, décima en amont de la Roque le moulin, les usines et une grande partie de l’habitation de Corp (Archives du moulin de Corp). Le 23 janvier 1830, ce sont des blocs de glace charriés par la rivière qui écorchèrent le pont de Corp. On se décida vu la vétusté de la passerelle établie à la Roque d’en ajouter une autre à ses côtés, mais les crues du 25 mars 1843, de juin 1852, ou encore de janvier 1856 rendirent ces aménagements inutiles. On arrangeait le tout avec les moyens du bord.
En 1864, on décida enfin d’investir dans du solide, dans de la pierre, comme nous l’apprend la délibération communale qui suit : « Monsieur le Maire et le Conseil exposent que le pont qui doit se construire sur la Dourbie sur l’emplacement de la passerelle de la Roque étant de la plus grande nécessité. Vu que le susdit passage est interrompu pour le moment par le débordement des eaux qui ont eu lieu dans le courant du mois dernier, qui a brisé les passerelles. Si M. le Préfet a daigné accorder la demande soumise, il lui est demandé d’avoir la bonté s’il est possible de mettre en adjudication ledit pont pour que les travaux s’exécutent le plus tôt possible, vu la grande nécessité qui vient d’être exposée » (délibérations du 13 novembre 1864).
L’écho de la Dourbie l’année suivante nous fait part des avancées et du coût de l’ouvrage : « Adjudication. Au rabais des ouvrages et fournitures à effectuer pour la construction d’un pont en maçonnerie, sur la rivière de la Dourbie dans la commune de la Roque, à l’emplacement de la passerelle de la Roque, pour le service du chemin de petite communication n°2 de la Roque à la Liquisse dont la dépense y compris une somme à valoir pour cas imprévus de cinq cent trente un francs quarante-deux centimes est évaluée à sept mille cinq cents francs ci : 7100 francs, cautionnement : 300 francs » (Echo 4 mars 1865).
A la fin du mois de février 1866, le pont de la Roque Sainte Marguerite qui venait à peine d’être terminé s’écroula en partie. Le Maire expose la situation au cours de la délibération du 1er mars : « Le pont de La Roque sur la Dourbie, chemin de moyenne communication n°2 de la Roque à la Liquisse à l’une de ses deux arches qui s’est écroulée. Il demande au conseil les moyens à prendre pour faire terminer ledit pont ».
Mais après un rapide état des lieux, il est établi que si l’arche s’est effondrée, c’est en grande partie à cause du travail bâclé par l’entrepreneur de l’époque. Aussi le Maire expose lors de la délibération du 22 avril 1866 que « l’entrepreneur du Pont de la Roque par la faute duquel l’une des deux arches s’est écroulée ne parait pas disposé à la relever et à refaire tous les autres travaux défectueux attendu qu’il a quitté La Roque en emportant tous ses bagages. Le Conseil à l’unanimité considérant que le sieur V. n’a employé généralement à la maçonnerie du pont que du mauvais mortier et des matériaux sérieusement pourris, qu’il n’a pas donné aux voussures les dimensions prescrites par le devis et le cahier des charges, attendu que ce pont doit être refait par suite de mauvaise construction de l’entrepreneur, par ce motif le Conseil autorise le Maire à mettre de suite led. entrepreneur en demeure d’avoir à refaire sans délai l’arche écroulée et les autres parties ciselées ou défectueuses en lui signifiant que faute par lui d’obtempérer à sa sommation les travaux seraient refaits par régie et à ses frais ».
L’entrepreneur fut vite retrouvé, et les dégâts réévalués. En septembre 1866, l’agent voyer de l’arrondissement de Millau proposa à la commune de la Roque qu’elle augmente les indemnités de l’entrepreneur étant donné qu’il faudrait détruite intégralement le pont et le reconstruire avec des matériaux plus solides et onéreux. Une nouvelle crue le 22-23 septembre paracheva la destruction du pont de la Roque.
Cinq mois plus tard, « Le conseil considérant le rapport fondé sur la chute et la nécessité de la démolition de la seconde arche oblige de les remplacer par l’entrepreneur par d’autres tufs ou par moellons d’une extraction plus difficile plus dispendieuse et plus éloignée. Le conseil accorde une augmentation de 783 fr. 75 centimes » (Délib. communales du 17 février 1867). Les travaux durèrent un an. Le 19 février 1868, le conseil décide d’employer une somme de 200 francs pour la construction des parapets du pont.
Ce travail est très urgent attendu que le pont est très étroit et qu’il y passe tous les jours beaucoup de monde ainsi que des bestiaux. Le travail sera donné aux ouvriers nécessiteux. L’investissement conséquent pour la construction de ce pont ne fut guère amorti comme nous le verrons par la suite. En 1869, il n’était pas encore entièrement payé et le 18 octobre le conseil municipal et les plus forts imposés se refusent à imposer la commune pour la construction de chemins vicinaux ordinaires. Le pont fut terminé, semble-t-il, début 1874, et une croix appelée la Crotz del pont fut placé en son centre en 1877 (lo Crous dél poun a été par la suite déplacée dans son entrée, sur la rive droite).
A peine inauguré, l’inondation de septembre 1875 allait ruiner le pont réputé pourtant solide : « La Dourbie a causé de grands ravages, notamment à Saint-Jean-du-Bruel, à Nant, à la Roque, au Monna. Le pont de la Roque a été enlevé. Les moulins et usines ont beaucoup souffert. » (Revue religieuse du diocèse de Rodez, 24 septembre 1875).
En vue de réparer le pont et étant donné que la commune avait totalement englouti ses fonds pour la réalisation de celui-ci, elle fit appel à la générosité de ses habitants, et le 13 février 1876, M. le Maire expose que « la souscription volontaire comprend 89 souscripteurs et s’élève à 1206 francs 36 centimes. »
Le 20 mai de la même année, le dossier revient sur la table du conseil municipal et « Considérant que cette réparation est très urgente, le conseil décide d’y consacrer les sommes issues de la souscription volontaire, des reliquats de subventions et d’une partie des taxes dues pour les Gardes mobilisés, soit 3835 francs 99. Au cas où cette somme serait insuffisante, le conseil ne doute pas que les habitants feraient une deuxième souscription volontaire en journées de prestation ou en argent » (Délibération communale de la Roque Ste Marguerite).
Le pont fut remplacé en attendant par une passerelle qui ne devait être guère solide puisqu’un article de presse nous fait part d’un accident mortel : « Le 20 février (1876), Etienne Jeanjean, âgé de 64 ans, passant une passerelle, est tombé dans la rivière de la Dourbie, à la Roque, et s’est noyé » (Journal de l’Aveyron, 2 mars 1876).
L’argent nécessaire fut récolté en avril 1878 et la reconstruction entreprise la même année.
Le pont résista cette fois aux crues du 28-29 septembre 1900, du 9 octobre 1907 mai 1910, 20 mai 1917, ou encore de 1930, mais les inondations du 31 octobre 1963 lui furent fatales.

Au début de cette année, on avait procédé à son élargissement. Des travaux réduits à néant, puisque le parapet fut enlevé, mais chose plus grave, une fois la décrue amorcée, on s’aperçut que toute une partie du pont avait été emportée, celui-ci présentait jusqu’alors des refuges d’angle. La croix fut alors déplacée à l’entrée du village, elle est toujours appelée la Crotz del pont. Au pont en partie emporté, il faut ajouter qu’un de ses voisins, le pont de Jouquemerles a été totalement enlevé par les eaux… au-delà des ponts, il ne faut pas oublier les terres ensablées, les maisons effondrées ainsi que les voies de communication ravinées. Pour réparer le pont de la Roque, les frais estimés étaient considérables. Il fallait cependant remédier au problème rapidement.
Des sondages furent entrepris pour permettre de choisir l’emplacement de la nouvelle culée rive droite et pour reconnaître le sol sous la pile. Les coûts pour reconstruire l’arche rive droite du pont sont estimés à 250 000 francs (Délibération communale du 26 janvier 1964).
Le maire expose une lettre de M. l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées le 1er mai 1964, dans laquelle on peut lire le montant des frais pour l’installation d’un pont provisoire de 6 tonnes de charges pour le rétablissement des communications directes entre Pierrefiche et la Roque : « Le Conseil considérant l’urgence du rétablissement de la circulation normale, qu’une partie des travaux d’un montant de 14 000 francs serviront pour la construction définitive ultérieure que l’autre partie des travaux, y compris la location et le transport d’un pont provisoire, d’un montant estimé à 11 000 francs soit une dépense totale de 25 000 francs qui seront financés par le programme départemental, est d’accord avec M. le Maire pour que la voie communale n°1 soit rouverte le plus tôt possible. Il émet le vœu que ces travaux soient faits de manière que lorsque la construction définitive aura lieu, la circulation sur cette voie ne soit pas à nouveau interrompue trop longtemps » (Délibération communale de la Roque Ste Marguerite, 1er mai 1964).
Des travaux en consolidation de la pile rive gauche sont entrepris la même année par l’entreprise « Etudes géologiques et forages » de Nîmes. Cette entreprise est spécialisée dans ces travaux particuliers à exécuter en sous-œuvre dans l’eau, le coût de la consolidation est estimé à 31 300 francs, la dépense s’évaluera finalement à 42 450 francs, compte tenu de la dimension plus importante que prévu de la cave existante sous la pile rive gauche (Délibération communale de la Roque, 17 septembre 1964).

Le pont rétabli résistera aux crues de 1982, 1996 ou encore novembre 2003, mais au fil du temps, sa chaussée est devenue perméable. Dans le cadre de l’entretien de la voirie communale, la communauté de communes Millau Grands Causses a financé en 2011 des travaux de rénovation à hauteur de 158 500 euros afin de rendre son étanchéité au tablier.
A peine la rénovation a-t-elle été terminée, que le pont a eu droit à son premier baptême « de l’eau » lors de la crue du 4 novembre 2011 où l’eau monta à 2m50 au plus haut de la cote d’alerte. Un mois plus tard, le 14 décembre, les représentants de la Communauté de Communes se sont rendus à la Roque afin de célébrer officiellement la réhabilitation de ce pont sur la Dourbie.
Marc Parguel



