Le domaine des Privats, aujourd’hui en ruine est situé en bordure de la D110 sur le Causse Noir, à 845 mètres d’altitude. Il tire son nom de la première famille qui s’y installa au XVe siècle. Jules Artières dans « Millau à travers les siècles », nous donne les renseignements suivants : « ce domaine tire son nom de ses anciens propriétaires, les Privats : los terradors de P. Privat, de Barre (1415), il appartint ensuite à Guillaume Artières du Monna jusqu’à la fin du XVIIe siècle. » C’est pour cela qu’il est appelé en 1475, mas de las Artieyras, paroisse de Bouysse (Arch. de Millau, F.F.20). Au début du XVIIIe siècle, M. P. Julien, sieur de Longuiers ou du Barri y prélevait, comme sur toute la montagne de Barri, certaines censes, plus la 5e partie des blés et autres fruits.

Autrefois remontant le ravin du Monna, un sentier conduisait à Longuiers et bifurquait sur les Privats et le Cade.
Sur le plan paroissial, Le domaine des Privats relevait de Saint Amans de Bouysse. Cette église était située à moitié chemin entre le Monna et Millau, à l’endroit appelé plus tard Bariasse et aujourd’hui l’Hymen, à proximité du village de Massebiau. L’église de Saint Amans ainsi que son presbytère furent détruit durant les guerres de religion vers 1560. Cependant, on continua encore à enterrer les paroissiens dans le cimetière de l’église ruinée, comme en témoigne les « Registres de sépultures faites en l’église de Saint Amans de Bouysse paroissiale du Monna, Massebiau, Langlanou et les Privats, lieux dépendants de ladite paroisse ou Saint-Pierre del Monna son annexe, diocèse de Vabres commençant le second février 1664 ».
Il semble toutefois que lorsque le cimetière de Bouysse fut définitivement fermé le 21 janvier 1681, les habitants des Privats préférèrent aller à Millau enterrer leurs morts plutôt qu’au Monna.

Les registres paroissiaux nous donnent les noms de certains fermiers des Privats :
Un acte de baptême du 17 novembre 1669, nous indique que le baptisé Jacques Baldouy est le fils « à Antoine Baldouy et à Béatrix Deliourz habitants à présent comme métayers du sieur de Barry au masage des Privats ». Sur l’acte de baptême du 2 février 1723 de Marguerite Penafieu, on peut lire qu’elle est la « fille de Pierre Penafieu et Catherine Belorie, tous deux domestiques de M. de Longuers aux Privats ». Sépulture du 21 mai 1729 de « Artières Géraud frère à Jean fermier de M. de Longuers aux Privats ».
La carte de Cassini (deuxième moitié du XVIIIe siècle) signale les Privats comme bergerie.
En 1830, le domaine comptait encore de nombreux bâtiments : un bâtiment rural (cad. 1830 G 251), une bergerie et masure (cad. 1830 G 263), une bergerie (cad. 1830 G 261), une bergerie et une cour (cad. 1830 G 273) ainsi qu’une pâture et un jardin, appartient aux héritiers (résidents à Creissels) d’Adolphe Roubin de Longuiers ; ces derniers possédaient également Le Cade.
L’Atlas Cantonal par Lacaze et Clergue mentionne 5 bâtiments aux Privats (carte 1856).
Fait étrange, le dictionnaire des lieux habités de l’Aveyron (1868), lui attribue 30 habitants. Erreur ou occupation temporaire, par exemple des bûcherons ?
En 1913, une partie des Privats appartenait à Pailhas Paulin de Paulhe qui possédait également la ferme de Lauglanou (aujourd’hui disparue). Une vente aux enchères eut lieu cette année-là, voici ce qui concerne le domaine qui nous intéresse aujourd’hui :
« Une bergerie dite Les Privats, section G, numéro 261, d’une contenance de 1 are, 92 centiares, une pâture dite Les Privats, même section, numéro 262, d’une contenance de 8 ares, 50 centiares, une bergerie et maison dite Les Privats, même section, numéro 263, d’une contenance de 1 are, 44 centiares, une terre dite Les Privats, même section, numéro 260, d’une contenance de 2 ares, 70 centiares, une terre dite Les Privats, même section, numéro 264, d’une contenance de 22 ares, 40 centiares. » (L’indépendant Millavois, 24 mai 1913). La ferme, désormais propriété de l’ONF est en ruine. Danger !
En 1961, André Hunebelle tourna quelques scènes de son film « Le Miracle des Loups » aux Privats, dans lequel joua l’acteur Jean Marais. Il fit appel à de nombreux figurants millavois.
Un autre domaine portant le même nom se situe sur le Causse du Larzac, non loin de Pierrefiche.
Non loin des Privats se situe un aven qui porte le nom du domaine. Découvert fortuitement par un groupe du spéléo Club de l’Alpina (Hervé Bosch). Il a livré des ossements humains datant entre – 2549 et – 2468 avant J.-C, datation correspondant à la période de l’âge du cuivre. Il s’agissait de trois personnes, un homme de 18-22 ans mesurant entre 1m63 et 1m66, un autre homme de moins de 35 ans dont la taille mesurait entre 1m65 et 1m68 et un dernier sujet de sexe inconnu de plus de 35 ans. Les crânes portaient des traces de coups appliqués à l’aide d’un casse-tête, certains ayant entraîné la mort. Un règlement de compte qui s’est terminé au fond d’un aven. Il était de coutume à l’âge de cuivre de jeter les hommes morts ou vifs au fond des avens.
Marc Parguel






