La société d’Etudes Millavoises présente l’histoire locale du Carnaval de Millau et un dessert traditionnel : les Oreillettes

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Les oreillettes.

[dropcap]E[/dropcap]n cette période de Carnaval, lisez ce souvenir de Mylou du Pays Maigre, publié dans « Les Alades » … II vous transportera dans une période où les amusements et défoulements contre l’autorité étaient bon enfant.

« C’est le mercredi des Cendres que le Carnaval voyait son apothéose et sa fin. Car c’était ce jour-là qu’on allait le noyer. J’ai assisté une fois à cette opération. « J’étais bien jeune, probablement élève de primaire, dans la classe de Messieurs Sabathier ou Cadilhac. Au collège, le Principal Monsieur Faugère était passé dans les études ou dans les classes et, en raison de la foire qui se tient ce jour-là, avait donné congé pour l’après-midi. Les divers rangs étaient partis du Collège, chacun avec son surveillant. Celui auquel j’appartenais s’était disloqué au Mandarous ».

« Depuis plusieurs jours, j’entendais parler de ce pauvre Carnaval qu’on allait noyer ce jour-là. Et, croyant que c’était un être vivant, je le plaignais de tout mon cœur et déplorais ce traitement barbare. Justement, au Mandarous, le cortège était formé : une centaine de masques, un charreton vaguement enguirlandé, traîné par un âne., sur un côté du siège un mannequin vêtu de pauvres oripeaux et un masque en carton sur ce qui devait être la tête. Je croyais que c’était un être vivant, car, à côté, lui prodiguant des marques de tendresse, un homme déguisé en femme lui tenait compagnie, en conduisant l’âne, un « emmasqué », un fusil en bandoulière.

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Carnaval 2022, le « Piot » sera lui, brûlé dans le parc de la Victoire.

Le sort en était jeté. Au risque de me faire attraper pour retard par mon brave père, avec tous mes camarades je suivis le cortège. Il se dirigeait vers le pont de Cureplats. Il y eut des arrêts. À chaque arrêt, c’était une ronde endiablée autour du charreton, au son de la chanson : « Adieu, paùré ; adieu, paùré… » Comme c’était la sortie des ateliers, il y avait beaucoup de monde et tout ce monde riait. Et moi, j’étais triste en pensant au malheureux sort du pauvre fantoche que la commère embrassait éperdument. On arriva au pont de Cureplats. Il s’y faisait, cette année-là, des travaux de réfection, car il était encombré d’échafaudages.

C’est sur un de ces échafaudages que le héros fut hissé et fixé. La plupart des gamins étaient descendus sur la berge, des cailloux à la main, prêts à l’action. L’homme qui avait un fusil, gravement, comme s’il exerçait un sacerdoce, alla de l’autre côté du pont. Le silence était solennel. Il épaula, visa longuement : ces quelques secondes me parurent interminables. Il lâcha enfin ses deux coups. Sous cette fusillade, l’infortuné était tombé, la partie supérieure du corps suspendue sur la rivière.

L’homme s’approcha de lui, y mit le feu et, d’un pied dédaigneux, le fit tomber à l’eau. Ce fut une clameur. C’était une torche qui allait au Tarn et une grêle de cailloux s’abattit sur cette ruine. Fusillé, brûlé, lapidé, noyé, c’était plus qu’il n’en fallait pour occire le pauvre Carnaval. Il était bien mort, du moins pour un an. Et à l’unisson de toute la troupe, je chantais moi aussi, de ma petite voix d’enfant : « Adieù, paùre Cornobal… »

[box type= »note » align= » » class= » » width= » »]Édouard Mouly, également connu sous le nom de Mylou du Pays Maigre né le 16-12-1883 à Millau, est décédé le 21-08-1964 à Aubin (Aveyron) où il fut inhumé. Sa carrière se déroula au sein de la banque Villa dont il devait devenir directeur de l’agence d’Aubin. S’étant fixé définitivement à Aubin, il n’oublia pas pour autant son cher Millau qu’il retrouvait souvent, donnant ses soins à sa vigne du Pays Maigre et entretenant avec ses nombreux amis millavois une franche et souriante amitié.

Edouard Mouly prenait plaisir à prendre la plume de l’écrivain pour narrer sous une forme simple, légère, mais partant du cœur, les souvenirs de son enfance et les traditions qu’il voulait voir maintenir. Intentionnellement, la ville de Millau a donné son nom à une rue, située en plein « pays maigre », qui s’ouvre sur la route des Aumières (décision du 13 mai 1974).

Sources : Georges Girard. Ouvrage : “Des rues et des hommes”

Édouard Mouly relate ses souvenirs de jeunesse du carnaval de Millau déroulé en février 1890. Il avait sept ans et son récit dénote un état de joie collectif qui n’a pas perdu son éclat aujourd’hui encore. Même si la tradition du cortège de Carnaval a vraisemblablement cessé à la fin du XIX siècle sur la ville de Millau, cette joyeuse fête a repris son panache dans les années 1970 et perdure dans la cité du gant pour le plus grand plaisir des petits comme des grands.[/box]

Même la Covid 19 n’a pas résisté à l’élan de solidarité des Associations millavoises pour perpétuer cette année encore une tradition faite d’amusements, de déguisements sous un flot de bataille de confettis, rythmés par des chants et danses endiablés et bien sûr Sa Majesté « Carnaval » à la fin bien cruelle !

Carnaval est mort, vive Carnaval !

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Dites, il ne faut pas toujours pleurer !… La recette des oreillettes

(Oreillettes, sorte de beignets à la pâte très fine et croustillante. Ne pas confondre avec les champignons du même nom) !

Le Carême succède au Carnaval, période de jeûne “avec trois semaines de pommes de terre, de morue, de salade et d’eau bouillie. Si avec cela, ils n’étaient pas pardonnés…”

Telles sont les paroles écrites par l’équipe de l’Escôla Claüdi Peirot de Millau dans un ouvrage intitulé “la cuisine traditionnelle à Millau (lo milhautenc a taula) et qui poursuit littéralement ce qui suit :

[box type= »shadow » align= » » class= » » width= » »]“Pour souffler un peu, ils pourraient bien goûter à quelques gourmandises avant de se remettre au maigre ! »

Sur la table, une pleine “pailhasse” de farine, un pain de beurre, le pot de sucre en poudre, la bouteille d’huile, le flacon de rhum à côté d’une douzaine d’œufs : tout cela faisait espérer que la mamète allait pétrir des “oreillettes” qui seraient, comme à l’accoutumée, bien savoureuses et croustillantes.

Et elle se mit en train : mettre en tas deux livres de farine, faire au milieu une fontaine, y casser les œufs, y verser deux cuillerées d’huile, demi-livre de beurre bien mou, un petit verre de rhum, deux pleines tasses de sucre. Elle le fit en un tour de main.

Elle parfume avec des zestes d’orange séchés et n’oublie pas la pincée de sel. Bientôt, la cuisine retentit des coups de la pâte que mamète, pleine d’entrain, frappait sur la table. Cela dura un bon quart d’heure : il fallait que la pâte devienne bien lisse et bien souple. Alors, elle fit un petit pain qu’elle mit à reposer. Au bout de deux heures, elle enfarina une bouteille avec laquelle elle abaissa la pâte.

Un couvercle en fer pour la découper, une dernière traction à la main et chaque oreillette naissait sous les doigts légers avant d’aller dorer dans l’huile frémissante d’une poêle profonde.

Si vous aviez vu comme elle était adroite, ma mamète pour empiler ses oreillettes dans la corbeille, une fois saupoudrées de sucre et si vous aviez vu avec quelle ardeur, une heure après, la maisonnée se dépêchait de démonter la pile en se pourléchant les lèvres ![/box]

[highlight color= »blue »]Pour 15 personnes : 2 cuil. d’huile, 1 kg de farine, 1 petit verre de rhum, 250 g de beurre, 12 œufs, 200 g de sucre, 1 cuil de sel, zeste d’orange.[/highlight]

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Carnaval 2022

Digatz, cal pas totjorn plorar !…

Paúc a paúc, lo Carema trescolava. Tres setmanas de trufas, de merluça, d’ensalada e d’aiga bolida. Se ambe acô eron pas perdonats ! Per polsar un briconel, podrian ben tastar qualqua golaúdisa avant de se tornar metre al magre…

Sus la taúla un palhassonat de farina, un pan de burre, lo topin de sucre tris, la botelha d’ôli, lo flascon de rhum en ras d’una dotgena d’ioús, tot acô fasia esperar que la mameta anava pastar d’aúrelhetas que serian, coma à l’acostumada, plan gostosas et crostilhosas.

E li se metèt. Amolonar doa liuras de farina, faire en mitan, un conquet, li trincar un per un los ioús, li vojar dos culhierats d’ôli, mieja liúra de burre plan môl, un pichon veirat de rhum, doas tassadas de sucre : lo faguet dins ün virat de man. Perfumet ambe de rascladuras d’orange secas sans oblidar un espessuc de sal.

Leú la cosina resondiguèt dels tustals de la pasta que mameta, plan de vam, picava sus la taúla. Acô durèt un brave quart d’ora, calia que la pasta devenguesse plan lissa e mofla. Alara ne faguet un michon que metet à paúsar.

Al cap de doas oras enfarinèt une botelha e n’ateúnet la pasta. Un cabucel de ferre per la descopar, un darrier estiral à la man e cada aurelheta espelissià jots dets laúgiers avant d’anar rosselejar dins l’ôli frejinanta d’une padena plonda.

S’aviatz vist coma era abiaissada, ma mameta, per acapialar sas aurelhetas dins la banasta, un côp esposcadas de sucre, e s’aviatz vist ambe quinte frusina, une ora après, l’ostalada se despachava de las désacapialar en se lecant las maissas !

La Société d’Etudes Millavoises

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