En longeant la départementale 41, montant de La Roque-Sainte-Marguerite et proche du vieux chemin aujourd’hui délaissé qui menait de Saint-André aux Bouteillettes sur le Causse Noir, au bord de la route une croix attire l’attention. Faite de belles pierres et d’un seul tenant, celle-ci apparaît très belle dans cette solitude du Causse.
Nombreux furent les Saint-Andribens qui sont venus au cours du temps se retrouver sous son ombre, les jeunes femmes s’y rendaient aussi pour y pique-niquer le dimanche. Sa position excentrée lui a valu le nom de Croix Luente : La Crotz Luenta (crous luinto : croix éloignée), francisée en croix Luente ainsi appelée car, lorsqu’elle était occasionnellement choisie lors des processions des Rogations, elle était la plus éloignée de l’église paroissiale.
Les habitants de Saint-André ont toujours eu la particularité d’être dévots et ceux depuis des temps immémoriaux, n’est ce pas pour cette raison qu’on leur a donné le surnom d’ « ègrènes chapelets » ? A compter le nombre de croix situées dans la commune, on ne peut qu’être impressionné. A l’endroit où s’élève cet édifice isolé était déjà mentionnée en 1665 une croix : « Terroir del serre de la crous Luenhe, Al sot de la crous Luenhe » (Compois de Montméjean).
Cette dernière s’étant totalement détériorée fut remplacée par une nouvelle en 1847, et bénite la même année par l’abbé Migairou, vicaire de Saint-André comme nous l’indique le Livre de Paroisse. Sur son socle on peut lire les initiales G. P… souvenir du propriétaire du terrain sur lequel la croix fut érigée.

Il n’y avait pas de voie carrossable pour s’y rendre jusqu’en 1887 où de grands travaux furent entrepris dans ses environs « L’entreprise de construction entre le chemin n°1 de la commune de Saint-André de Vézines et la Croix Luente, sur 1907 m. sera réglée, selon les précisions à 6478 fr. Les travaux sont momentanément suspendus par suite de l’expropriation des terrains du domaine de Marlavagne » (Rapport de M. le Préfet, Rodez, 1887).
En 1900, le conseil municipal de Saint-André décide la construction du chemin qui mènera à celle-ci (délibération communale du 11 novembre). Il faudra attendre 1968 pour qu’une belle route relie le village à cette croix.

Elle résista aux intempéries, à tout ce que la nature voulut lui faire subir, jusqu’aux années 1970 où elle menaça ruine. Voyant cela, les habitants de la commune voulurent remédier à sa perte et voici ce qu’on pouvait lire en 1979 : « la Crous Luento ou croix lointaine, penchait depuis quelques années et de plus en plus à l’instar de la célèbre Tour de Pise, comme elle en était au point de rupture, et c’est vraiment miracle qu’elle ne soit point cassée. Le samedi 1er septembre, un commando d’aimables volontaires de Saint-André de Vézines est parti la remettre en force et en douceur à la fois et au fil à plomb s’il vous plait ! exactement verticale sur son beau socle finement sculpté portant la date de son érection » (Albert Gastal, Lo Caussé Négre, n°13, automne 1979).
Là voilà donc encore aujourd’hui bien dressée, au bord de cette route départementale.
Marc Parguel


