Opinion. La Main Chaude : « De l’utilité de l’Histoire »

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Dans l’éditorial du dernier numéro de la Main Chaude paru le 1er mai, nous faisions part de « ce Tchernobyl de la pensée qui nous glace, de ces idées brunes qui nous sont servies tous les jours et qui s’installent à découvert dans notre ville ». Et bien nous y sommes !

Oublié le passé libertaire et socialiste du Millau ouvrier, oublié le temps des grands débats contre l’extension du camp militaire du Larzac, oubliées les vies exemplaires d‘Alfred Merle, de Suze Noyrigat ou de Louis Rouvelet…, la vieille cité a placé le Rassemblement National en tête des formations politiques pour les élections européennes ce dimanche 9 juin.

Malgré ce, nous sommes toujours convaincus, comme nous l’écrivions, que « l’histoire n’est pas une science du passé mais qu’elle donne sens au présent ». En effet la référence au Front Populaire de 1936, augmenté aujourd’hui de l’adjectif nouveau, puise ses repères dans ce moment charnière de la vie politique d’avant-guerre ; mais en en corrigeant au moins un élément : les partis de gauche, alors, choisirent de se compter au premier tour pour réunir leurs voix sur le mieux placé au soir du 26 avril 1936.

Ce qui conduisit, dans la cité gantière, à l’élection du représentant des conservateurs, très à droite, François Martin, le 3 mai. Celui-ci, contributeur régulier du journal l’Action Française, devint ensuite préfet de Montauban sous Vichy puis témoin à décharge de Pétain à son procès pour finir comme avocat de Jacques Prévost, inculpé dans l’attentat du Petit Clamart contre le Général de Gaulle.

La méthode retenue aujourd’hui, celle d’une répartition mathématique arrêtant le nom de celui le mieux à même de l’emporter face au Front National et la définition d’un programme de rupture augurent d’heureuses perspectives. À condition de porter la parole de progrès dans l’arrondissement, hors des villes.

En 36, le radical Barthe finit en tête à Millau et à Sévérac (alors Saint-Affrique était sous-préfecture et élisait son député) mais fut battu par les campagnes périphériques. Et Millau ne s’inscrivit pas, par son activité parlementaire, dans le grand mouvement de transformation économique et social du pays.

Présageons que demain, les erreurs du passé gommées, le sursaut démocratique renvoie les tristes figures du nationalisme d’exclusion dans les catacombes de l’Histoire.

Et l’Histoire, cette géographie dans le temps selon Elysée Reclus, en éclairant le présent aura rempli son office.

La Main Chaude

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