Depuis près d’un an, Enzo Gal occupe le poste de coupeur au sein de la Maison Fabre. Si rien ne le prédestinait à intégrer le monde de la ganterie de luxe, le Millavois a trouvé dans cette fonction ancestrale, une voie d’expression et d’épanouissement.
C’est d’abord vers la cuisine que s’est tourné Enzo Gal. Un bac pro obtenu avec une mention très bien lui permet de poursuivre vers un BTS, dans une métropole. Mais au bout de quelques semaines, le jeune homme fait marche arrière et met fin prématurément à ce cursus. « J’aimais et j’aime toujours beaucoup cuisiner, explique Enzo. J’étais d’ailleurs plus à l’aise à l’école, en prenant le temps de faire les choses, qu’en entreprise. Quand j’ai obtenu le bac, j’ai écouté mes professeurs qui m’ont conseillé de continuer en BTS. Ça ne me déplaisait pas, mais la vie dans une grande ville ne m’a pas plu du tout et j’ai donc rapidement décidé de revenir à Millau ».
Le jeune homme décide alors de chercher du travail. À ce moment-là, la seule autre expérience dont il dispose est celle de la couture. En effet, depuis ses 15 ans, Enzo est l’un des fers de lance du club de cosplay de la MJC. Il y confectionne lui-même les costumes de ses héros préférés.
« Dès tout petit, j’étais attiré par la couture, raconte le Millavois. Avec le temps, ça s’est un peu étiolé, mais c’est revenu à l’adolescence avec le Cosplay. J’aime beaucoup ce travail de la matière. Je savais que ce n’était pas réaliste de vouloir vivre du costume à Millau. Je me suis donc naturellement tourné vers le cuir. » Enzo Gal décroche un emploi dans le secteur, qui lui permet d’obtenir une première expérience. Après six mois, il décide de s’orienter vers la coupe et de tenter sa chance chez Maison Fabre.
« Être coupeur chez Maison Fabre, c’est comme travailler dans un restaurant étoilé, commente Enzo. J’ai déposé une candidature spontanée puis j’ai rencontré Olivier Fabre. Je lui ai fait part de toute ma motivation et il a cru en moi. »
En septembre 2023, Enzo Gal intègre l’entreprise et apprend le métier aux côtés du coupeur de l’époque, Christian Canillac.
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On dit qu’il faut 10.000 peaux ou deux ans de coupe pour se revendiquer coupeurs. Mais le jeune homme progresse de manière exponentielle et passe d’apprenti, à coupeur titulaire, en moins de six mois. Une prouesse, qui tient autant aux capacités du jeune Millavois qu’à l’environnement hors du commun dans lequel il a effectué son apprentissage.
Patience et observation : les clefs du métier
Si le coupeur taille les pièces de cuir dans lesquelles seront façonnés les gants, il est également chargé de révéler les propriétés élastiques du cuir. En tirant la peau de la bonne manière, l’artisan fait du cuir une matière capable d’épouser à la perfection la forme des mains.
« Chez Maison Fabre, l’essentiel est que le travail soit bien fait, indique Enzo. Bien sûr, on a des objectifs à réaliser, mais c’est avant tout la qualité qui compte. Cela permet de développer les qualités qui font un bon coupeur : la patience et l’observation. Il faut comprendre la peau. De quelle manière l’animal a été élevé, puis comment a été fait le travail en mégisserie ou en tannerie. On ne peut pas être bon, si on ne s’intéresse pas à tout cela. »
Transmettre, faire perdurer et se surpasser
Passionné par son travail, Enzo Gal entend bien continuer à progresser et à se lancer de nouveaux défis. « Ça me plaît de recevoir des visiteurs à l’atelier et de leur parler de ce que je fais, particulièrement les collégiens et les lycéens, explique Enzo. L’idée est de porter un autre discours, en disant que la voie professionnelle n’a rien de secondaire et qu’elle peut vraiment permettre de s’épanouir dans son travail. Lorsque je serai un peu plus expérimenté, j’espère pouvoir transmettre à mon tour mon savoir-faire. C’est pour cela que j’essaie de nouvelles choses et de me challenger en permanence. Dans mes projets, il y a également le concours de meilleur ouvrier de France et qui ouvre normalement tous les quatre ans ».


