Dans cette tribune, Me Jean-Louis Esperce dresse un bilan critique des récentes décisions financières de la municipalité de Millau. Entre « expropriations coûteuses », « ventes immobilières à prix bradés » et investissements jugés « peu judicieux », l’auteur dénonce une gestion qu’il estime loin d’être bénéfique pour les contribuables.
« Les dernières semaines de l’année 2024 ont été l’occasion, pour la municipalité Gazel et ses thuriféraires habituels, de faire le tableau de ce qu’ils osent présenter comme le sauvetage financier de la Ville. Pour que le bilan soit équilibré, il convient de rappeler qu’il y a aussi des décisions et des opérations qui ne sont pas sans conséquences financières coûteuses.
En tête vient incontestablement l’expropriation de l’immeuble du 20 rue de la Capelle au prix de 800.000 € auxquels s’ajoutent les frais et dépens calculés en application des articles R 312-1 à R 321-9 du Chapitre II du code de l’expropriation et les honoraires de l’avocat choisi par la Ville. Il serait normal que dans un souci de transparence le résultat final de l’opération soit publié, ce qui permettrait aux contribuables qui ont payé l’addition de savoir ce que leur coûte au total cette folie.
Au crédit on peut mettre la vente de l’Hôtel Dieu, boulevard Richard, que nos anciens Millavois appelaient « le 48 » pour le prix de 400.000 €, immeuble dans lequel la municipalité Durand avait, à grands frais, réalisé des logements pour étudiants. Un investissement perdu, gaspillé, et un prix de vente qui mérite que chacun fasse le rapprochement entre cet immense bâtiment et les espaces qu’il encadre avec la ruine du 20 rue de la Capelle. Comme je l’ai écrit dans un précédent article c’est l’exproprié qui a touché le loto ! C’est rare, mais cela existe à Millau.
Dans le même chapitre, on peut ajouter l’indemnisation des propriétaires des terrains dans la pente de la Puncho D’Agast à la suite de l’abandon de l’éclairage des falaises, indemnisation en contradiction avec les dispositions du Code civil. Après tout cela ne représente que 75.000 € pour 150 m2. Là aussi petit loto pour les propriétaires indemnisés.
On peut aussi ajouter dans le domaine de l’écologie si chère aux élus municipaux la réalisation du boulevard Clausel de Coussergues qui conduit des halles à la place Foch pour rendre le sol perméable que l’on a équipé de bancs dont certains permettent de regarder les murs et qui auraient coûté 23.000 €. Par souci d’écologie ils sont venus de Hollande et sont en bois exotique !
Il est vrai que pour les payer, Madame la Maire a vendu les tables de la salle de réception de l’Hôtel de Ville avec leur plateau de granit pour 2.900 € à moins que depuis elles aient été remplacées par un modèle de chez IKEA ! Question de goût !
Toujours dans le même chapitre, et bien que la décision incombe à la Communauté de communes qui fonctionne sous la Présidence de Mme Gazel, on a vendu cette année pour 500.000 € la Halle Viaduc de la place de la Capelle. Au moment de sa construction, j’avais dit et écrit que celle-ci n’attirerait jamais le nombre de visiteurs (200.000) que les bureaux d’études consultés avaient annoncé. La simple logique ne permettait pas d’imaginer que les automobilistes circulant sur l’A75 aient la curiosité, avant de franchir le péage, de descendre jusqu’au centre-ville de Millau pour voir des maquettes ou une présentation du Viaduc avant de remonter à Saint-Germain pour franchir l’ouvrage. Idiot !
Ce bâtiment a donc été vendu par la Communauté de communes à la Région pour le prix de 500.000 €. Ce prix, compte tenu de l’état et des équipements des locaux qui offrent en particulier un amphithéâtre d’une centaine de places, bien équipé, est à rapprocher de la dépense engagée pour le construire qui s’élevait à 2.700.000 € ! À ce prix il faut ajouter 200.000 € de travaux réalisés par la municipalité Durand pour loger, temporairement, les étudiants de Millau Enseignement Supérieur (M.E.S.) alors que la Ville disposait place Emma Calvé de 300m2 au premier étage. On l’avait oublié ! A ces sommes il faut ajouter la valeur du foncier ce qui porte le prix de revient de l’immeuble à plus de 3.000.000 € !
Alors sa vente au prix de 500.000 € encore une bonne affaire pour les contribuables ! Face à ce constat peu glorieux et surtout économiquement ruineux, on me répondra qu’il y a eu une estimation de Service des Domaines. Cela ne change en rien le résultat quand on se rappelle que ce Service avait évalué le 20 rue de la Capelle à 400.000 € ! Cherchez l’erreur. Le bon sens eut voulu qu’en présence de cette évaluation il soit fait un autre choix à savoir conserver ce patrimoine bâti et le louer à la Région comme cette collectivité l’avait proposé il y a quelques années.
Il faut remarquer que cette transaction n’est pas exempte d’ambiguïté dans la mesure où la collectivité qui vend est présidée par une élue qui siège également au sein de la majorité de la collectivité qui réalise l’acquisition.
Il ressort de toutes ces opérations qu’à Millau on achète cher et on brade pour vendre. Et on ose nous parler de bonne et saine gestion ! »
Me Jean-Louis Esperce
La rubrique « Opinion » est l’espace de libre expression du site Millavois.com. Ses contenus n’engagent pas la rédaction.


