Christian Roqueirol l’annonce d’entrée de jeu pour ouvrir la conférence de presse : « Il va y avoir du bordel, on va rigoler… ». Le décor est planté !
Ce jeudi 20 février à 9h, Eric Darley, Christian Roqueirol et Francis Roux, trois militants du syndicat agricole la Confédération Paysanne, sont convoqués par la justice pour une audience au tribunal de Millau, mis en accusation pour rébellion en réunion et dégradation en réunion. Pour ces deux chefs d’accusation, ils encourent respectivement 3 ans de prison et 45k€ d’amende puis 5 ans de prison et 75k€ d’amende.
Des peines qui font dire avec ironie à Christian Roqueirol que « aujourd’hui, il vaut mieux bousculer un flic que couper un grillage, ça coûte moins cher ! ». Des faits qui remontent au 8 mars 2023 lors d’une manifestation avec opération « barrières ouvertes » au Viaduc de Millau.
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Le contexte et les faits
En mars 2023, Élisabeth Borne menace de faire passer à l’Assemblée Nationale sa réforme des retraites par l’article 49.3 de la Constitution, donc sans discussion avec l’assemblée. Un peu partout en France, des manifestations et des blocages sont organisés. Localement, la Conf’, elle, a fait le choix d’une opération au célèbre viaduc.
Une soixantaine de manifestants s’y présentent et mettent en place une caisse solidaire pour permettre aux automobilistes de participer aux frais des grévistes. À l’arrivée des gendarmes, Christian Roqueirol se souvient clairement d’une absence totale de dialogue et de sommation, et d’avoir entendu un « dégagez-les ! »
S’en sont suivies des scènes d’affrontements manu militari entre des manifestants en résistance et des gendarmes obéissant à des ordres d’évacuation.
On a l’habitude des manifestations, depuis le temps. Normalement avec les gendarmes on discute, on se connaît tous en plus, on négocie. Mais pas là. Il n’y a eu aucune discussion, aucune sommation. De la violence directe. C’était de la folie. Beaucoup de gens en ont été choqués. »
Christian Roqueirol
« On a été interpelés, molestés, gazés, évacués. Certains sont partis en garde à vue, moi comme j’avais perdu connaissance j’y ai échappé, car j’ai été admis aux urgences, se souvient-il encore. Pour moi c’est une bavure, le gendarme qui m’a fait a eu très peur d’avoir fait la connerie de sa vie. »

De cette évacuation musclée, le bilan est lourd côté Confédération Paysanne : cinq blessés. Nos trois prévenus plus Karine Alibert, 10 jours d’ITT et Marie Warscotte, 30 jours d’ITT. Côté gendarmerie nationale, selon la Conf : « aucun blessé, aucun plaignant pour coups reçus, et zéro jour d’ITT. »
Plaintes contre plaintes et procès politique
À la réception de leurs convocations, entre Noël et le jour de l’an 2024, les militants ne comprennent pas. Les cinq blessés du 8 mars ont tous porté plainte et n’ont aucune nouvelle. Pour autant, trois d’entre eux sont convoqués au Tribunal ce jeudi.
« C’est le monde à l’envers. C’est vraiment deux poids et deux mesures : pourquoi les forces de l’ordre interviennent toujours sur les actions de la Conf et jamais contre la FDSEA ? Pourquoi déplaît-on autant à l’État, au Préfet et à la police ? Pourquoi a-t-on tapé sur 3 agriculteurs du Larzac ? Qui a donné l’ordre d’intervenir comme ça ? Quelle était la chaîne de commandement ce jour-là ?, demandent les syndicalistes L’État français n’aime pas la Confédération Paysanne car nous sommes le seul syndicat agricole à défendre les droits humains. Nous sommes les seuls à remettre en question le système agricole, néocapitaliste et ultralibéral. Forcément ça déplaît fortement ! Nous revendiquons notre droit inaliénable à nous exprimer et à manifester. »
En attendant de connaître la suite donnée aux plaintes des militants, ce sont bien eux qui seront jeudi sur le banc des accusés. Avec des détails qui ne passent pas. « Les gendarmes nous réclament des dommages et intérêts, de 500€ à 1000€, à nous paysans ! Ils sont payés par l’État pour nous évacuer énergiquement, nous on se fait tabasser bénévolement et on devrait les payer… »
Dans le même ordre d’idées les horripilant, la compagnie Eiffage leur réclame 6500€ de dédommagement. « Ce procès, c’est celui des violences policières. Ce jour-là, on avait tous en tête les images de Sainte Soline et l’assassinat de George Floyd. »
La Conf’ veut en faire le procès des libertés d’expression et de manifester
La Confédération Paysanne donne donc rendez-vous à tous leurs soutiens jeudi 20 dès 8h30 pour des animations, prises de paroles, de la musique. « Amener des tracteurs et des moutons, on l’a déjà fait. Alors pourquoi pas. Tout est envisageable. On va rigoler.» Rendez-vous jeudi dès 8h30 pour suivre le procès en direct.


