L’importance et la variété des fossiles du Lias des Grands Causses (plus de 450 espèces d’ammonites différentes) ont attiré, depuis le XIXe siècle, de nombreux paléontologues. Joseph Monestier fait partie de ceux là, alors que rien ne le prédestinait vraiment à embrasser cette carrière.
La famille Monestier était issue de Saint-Rome-de-Dolan en Lozère. Joseph est né à Millau le 31 mars 1862, dans une famille bourgeoise (son père Clément était notaire et maire de Millau de 1871 à 1875). Joseph Monestier fit tout d’abord des études au collège Saint-Gabriel à Saint-Affrique, puis au Caousou, à Toulouse. Après deux années de première supérieure au Lycée Louis-le-Grand et deux échecs au concours de polytechnique, il devança l’appel et fit son service militaire au 122e régiment d’infanterie (Rodez, 1882). En 1883, il poursuivit des études de médecine à Paris.
Une fratrie de huit enfants
Il était l’aîné d’une famille nombreuse puisqu’il avait sept frères et sœurs. Malheureusement, en mai 1884 son père, fut emporté par une grave maladie alors qu’il avait à peine 50 ans. C’est alors sur les épaules du jeune Joseph Monestier, aîné de famille que reposera toute la responsabilité de ses frères et sœurs plus jeunes que lui.
Il se résoudra à abandonner la médecine pour passer des examens de notaire et prendre ainsi la succession de son père décédé. Il a alors 22 ans. Celle-ci fut mise en gérance quelque temps après son stage à Riom et sa licence en droit, il s’établit à Millau en 1887. Parallèlement, il s’intéresse à toutes les découvertes scientifiques de son temps.
Un homme droit
En 1893, il se marie avec une Toulousaine. De cette union naîtront cinq enfants. Il était, paraît-il, un père très attentionné qui s’occupait beaucoup de ses enfants. Tous les témoignages laissent à penser qu’il était, comme son père, un homme droit, ouvert, intéressé à toutes les découvertes scientifiques de son époque. Il fut donc rapidement membre de la Sté des Lettres Sciences et Arts de l’Aveyron, et de la Sté géologique de France, société pour lesquelles, par la suite, il publia les résultats de ses études et recherches.
Jacques-Cros Saussol nous rappelle un trait de la personnalité de Joseph Monestier : « Lors des querelles anticléricales qui marquèrent ce que l’on a l’habitude d’appeler la « Belle époque », Joseph Monestier se révéla un homme de foi et de conviction. « Il ne craignit pas, dans une circonstance mémorable, d’aller dans une réunion publique antireligieuse proclamer vaillamment ses raisons de croire, et cela, non par vanité, mais uniquement parce que sa conscience lui en faisait en devoir », peut-on lire dans un numéro de l’époque du Messager de Millau » (Un nom, une rue, Joseph Monestier, Midi Libre 30 août 2010)
Érudit et naturaliste de terrain
Alain Marchal, président du club millavois de géologie nous fait savoir à quel moment la passion des ammonites est venue à Joseph Monestier : « Dès 1910, il s’intéresse aux ammonites, et c’est à bicyclette, munie d’une musette pour le pique-nique, de sacs de récolte, d’un mètre pliant, d’un carnet et d’un stylo, qu’il part pour les terres noires de Rivière, du Samonta, de Cornus, de Fondamente ou du Clapier. Il parcourt ainsi tous les gisements et affleurements régionaux. Il note sur son calepin ses découvertes, décrit les étages régionaux, mesure les dimensions des affleurements et recueille dans ses sacs une faune importante d’ammonites qu’il classe, arrivé chez lui. Il va ainsi réaliser une œuvre unique, de par ses études qui vont bien plus loin qu’une simple collection. Ses écrits mettent en valeur ses qualités d’observateur et on peut penser que déjà naît en lui l’idée d’évolution de ces ammonites qui se transforment très vite. » (Alain Marchal, un paléontologue millavois peu connu, Joseph Monestier, journal de Millau, 16 janvier 2003).
À force de parcourir tous les gisements et affleurements régionaux, il réunit une collection unique. Ses écrits témoignent de ces remarquables qualités d’observateur.
À partir de 1913, il publie les résultats de ses premières recherches : Étude sur la stratigraphie de la zone à Amaltheus Margaritatus dans le bulletin de la Société Géologique de France et dans les « Mémoires de la société des Lettres, sciences et arts de l’Aveyron »
Pendant la guerre
Engagé volontaire à 42 ans en 1914, officier de réserve démissionnaire, il demanda cependant à reprendre du service en 1915, laissant son étude en gérance. Il fit preuve, sous les drapeaux, d’un très grand sens du devoir et d’une conduite exemplaire.
Ce n’est qu’en 1917 que paraît une de ses œuvres maîtresses : Ammonites rares et peu connues, et ammonites nouvelles du Toarcien supérieur du sud-est de l’Aveyron, puis une suite sur le Toarcien moyen en 1921.

Entre-temps, il revint à Millau en 1918, pour reprendre en main son étude qu’il céda en 1920 à Maître Artières, après de graves soucis de santé.
Dès lors, Joseph Monestier étudiera les niveaux fossilifères avec une très grande précision et en 1928 publiera ses Recherches sur le polymorphisme et la phylogénie des amalthéidés domériens, travaux qui seront repris en 1970/80 pour créer des populations d’ammonites.
Dans ses travaux, Monestier compare « la population d’ammonites » de la région avec des gisements français plus éloignés et aussi avec des gisements étrangers. L’étude de l’évolution des fossiles l’amène à des considérations métaphysiques.
Catholique et très croyant, il publie en 1928 dans les « Mémoires de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron » un article intitulé : « Considérations sur les théories de l’évolution ». Homme de science rigoureux et profondément chrétien, Joseph Monestier porta sur ses découvertes le regard de la foi. Il s’intéressa aussi notamment aux théories de l’évolution. Dans son article il avance que la présence d’outils lithiques trouvés à côté de restes d’hominidés ne prouve pas qu’ils étaient des hommes accomplis, doués d’une âme.
Jusqu’en 1934, il publiera de nombreux ouvrages très recherchés de nos jours. D’éminents savants lui accordèrent leur amitié et leur estime. Ces travaux « lui attirèrent même parfois la jalousie de certains « pontifes » de la science qui ne voulaient pas admettre qu’un modeste géologue de province eut pu faire tant de découvertes » (J.Cros-Saussol, un nom, une rue, Joseph Monestier) [2e partie, 31 août 2010]
Il mourut à Millau le 17 février 1936, il était chevalier de la Légion d’honneur.
Reconnu par ses pairs
Alain Marchal cite un journal d’époque qui lui rend hommage : » Joseph Monestier devait être plus célèbre dans certains milieux scientifiques de Paris et de l’étranger que dans son pays natal. Le Muséum de Londres lui avait offert de grosses sommes pour l’achat de spécimens de sa collection ; il refusa voulant que ses ammonites, rares ou uniques, fussent conservées en France ».
Elles furent cédées à Millau et à Rodez et, surtout, en janvier 1937, au Muséum d’histoire naturelle de Toulouse. Certains de ces documents uniques, accompagnés des étiquettes de la main de l’auteur, ont pu être présentés dans une vitrine du musée de Millau [vitrine 12], grâce à l’amabilité de la Société des Lettres de L’Aveyron et des descendants de J.Monestier [Flânerie dans le Musée de Millau, 1997].
L’œuvre de J. Monestier demeure une référence internationale. Ses découvertes ont été mises en corrélation avec d’autres sites régionaux, français et même étrangers [Balkans, Caucase…].
Complétant l’Essai de géologie et de paléontologie aveyronnaise de Reyniès, les travaux de Joseph Monestier publié entre 1913 et 1934, constituent la base de toute étude sur la stratigraphie et la faune du lias moyen et supérieur des Causses. Les ammonites ayant servi à la définition d’une espèce s’appellent des holotypes. Presque tous ceux qui ont été définis et publiés par Joseph Monestier [une centaine d’espèces nouvelles] servent encore de référence typologique pour le Domérien et le Toarcien.
Une rue à Millau à son nom
Début 2002, la municipalité a voulu en sa mémoire lui attribuer une rue dans Millau, du côté de Naulas, sous l’impulsion d’André Rolland, grand géologue [J.C-S, Midi Libre, 14 janvier 2008]. Par décision municipale, du 25 février 2002, le nom du notaire et paléontologue a été donné à la rue qui par du boulevard Achille-Souques et se dirige dans le quartier de Naulas. Ce n’était que justice de rendre hommage à un homme mondialement connu et dont très peu de Millavois ont entendu parler.
Marc Parguel, d’après des documents d’Alain Marchal


