Au serre du Cocut, sur le causse du Larzac (Saint-Martin-du-Larzac, commune de Millau)

Marc Parguel
Lecture 6 min.
Depuis le site de l’Angle, en direction du serre du Cocut © Marc Parguel

En ce week-end de Pâques, partons en direction de Saint-Martin-du-Larzac, et allons voir un petit coin qui chante les beaux jours : « le serre du Cocut » situé au nord du village. Son nom lui vient de l’occitan sèrra « crête de montagne, colline, bord de plateau, de coteau » (dictionnaire Alibert) et de cocut « le coucou » dont le chant est annonciateur du printemps.

Après avoir stationné sur le parking à l’entrée du village, prendre la direction du dolmen situé 500 mètres en arrière de Saint-Martin, matérialisé par un panneau indicateur, nous cheminerons sur un chemin peu marqué entre les buis et la pierraille.

Entourée par une grille et par des panneaux explicatifs, voici une nécropole qui fut utilisée durant deux millénaires au moins, ce site compte plusieurs phases d’occupation qui se succèdent du Bronze ancien au haut Moyen Âge.

Le dolmen n° 3 est le mieux conservé. Comme nous l’apprend le panneau à l’entrée du site « ce dolmen appartient à un ensemble mégalithique qui a fait l’objet de fouilles archéologiques programmées entre 1987 et 1993. L’étude, dirigée par Rémi Azémar (EHESS) a révélé un ensemble exceptionnellement bien conservé : alors que de nombreux sites vandalisés par des fouilleurs clandestins n’offrent plus que des informations parcellaires, celui-ci a permis de saisir la population inhumée et d’observer un rituel funéraire complexe, jusqu’alors inédit sur les plateaux caussenards ».

saint martin du larzac serre cocut 02
Le dolmen n° 3 au centre des tombes chalcolithiques de l’âge du cuivre. © Marc Parguel

Un habitat groupé à vocation agro-pastorale du début du haut Moyen Âge

Rémi Azémar, lors de ses travaux sur cette nécropole mégalithique, a pu remarquer à proximité, entre le Serre du Cocut et l’Angle, sur le versant d’une dépression, ouverte vers le sud, et dont le fond est occupé en partie par un champ cultivé, plusieurs structures maçonnées en pierre sèche, fortement arasées, regroupées en trois points autour du champ cultivé. Le plus souvent de plan rectangulaire, elles sont à rapprocher des structures pastorales connues sur le plateau de l’Aubrac. La céramique collectée dans le champ montre un horizon chronologique compris entre le Ve et le VIIe s. après J.-C.

saint martin du larzac serre cocut 03
Vestiges d’habitat pastoral en bordure d’un champ cultivé. © Marc Parguel

Ne reste plus désormais qu’à commencer l’ascension du serre de Cocut. Des 792 mètres d’altitude du village de Saint-Martin, nous allons passer à 835 mètres en arrivant au sommet.

Tout ce secteur a été minutieusement prospecté notamment par Julien, Vincent et Mathieu Bernard, du hameau des Truels, situé sur les flancs nord-est du causse du Larzac, à 1 km du village de Saint-Martin. Il y ont trouvé une grotte baptisée tout simplement « du Serre du Cocut » profonde de 5 mètres et qui se développe sur 10 mètres environ. Un aven-diaclase y a été entièrement désobstrué. Profond de 5 mètres, il s’arrête sur une diaclase étroite colmatée par du sable dolomitique. Enfin dans ce secteur, un peu plus bas, à 815 mètres d’altitude est « le trou du serre du cocut » (La Baume écrite n° 6, bulletin du groupe spéléologique de Nant, 1993, p.8).

Le village de Saint-Martin vu du sommet du « serre del Cocut » tel qu’il est désigné sur le cadastre

Arrivé au sommet où le vent se montre oppressant, de nombreux chants d’oiseaux viennent égayer les lieux. Je n’ai cependant pas entendu le chant du coucou, pourtant bien présent sur ces hauteurs depuis début avril et dont de nombreux promeneurs m’avaient parlé, malgré la présence du soleil, il ne vint pas me confirmer que nous étions au printemps.

Les proverbes le concernant sont légions : « Lo cocut a cantat, l’ivèrn va trescoular » (le coucou a chanté, l’hiver va trépasser) phrase de Claude Peyrot (1709-1795) bien connue dans les campagnes aveyronnaises. « À la Saint-Benoît, le coucou chante aux bons endroits » avec la variante « À la Saint-Benoît, le coucou chante aux bons endroits où il est mort de froid », la Saint-Benoît étant le 21 mars.

Et citons enfin le plus ancien dicton propre à cette chronique : « Si le coucou n’est pas revenu la semaine sainte (la semaine de Pâques) c’est qu’il est mort ou qu’il est retenu prisonnier dans la terre des Anglais » rappelant l’occupation anglaise du Rouergue après le traité de Brétigny (1360).

Que trouve-t-on au sommet du serre, hormis le chant du cuculus canorus ? Peut-être la satisfaction de contempler le paysage. Prionton, ancien conservateur des Eaux et forêts de Millau, nous l’aurait confirmé : « C’est en raison de sa situation un belvédère, d’où la vue embrasse, de l’Ouest à l’Est, le Lévézou, le causse Noir avec Montpellier le vieux et toute la chaîne de l’Aigoual, admirablement dessiné ».

saint martin du larzac serre cocut 05
© Marc Parguel

Marc Parguel

Partager cet article