À Millau, l’association « Jardin, pote âgé » fait pousser bien plus que des légumes

Yannick Périé
Lecture 5 min.
Cinq des six co-présidents de l'association : (de gauche à droite) René Pierrot – le chien Nougat –, Damien Vidal, Andrée Lebrou, Raymond Cassan et Rémi Boutonnet.

Solidarité, jardinage et lien intergénérationnel : un nouveau projet citoyen voit le jour à Millau.

À Millau, un projet original, tendre et profondément humain vient de germer au cœur de la ville : « Jardin, pote âgé », une toute jeune association née d’une idée aussi simple qu’ambitieuse. L’objectif ? Mettre en relation des personnes âgées disposant d’un jardin mais ne pouvant plus (ou ne voulant pas) le cultiver, avec des personnes de tous âges désireuses de mettre les mains dans la terre… mais sans terrain à disposition.

À l’origine de cette initiative, on retrouve Raymond Cassan, figure bien connue de la vie associative millavoise. Président des donneurs de sang bénévoles, membre actif de l’association citoyenne « J’aime Millau, je contribue à sa propreté », Raymond a semé cette idée dans le terreau fertile du budget participatif lancé par la Ville de Millau, qui a alloué 150 000 € à huit projets citoyens pour revitaliser la commune et son centre-ville. L’idée de Raymond, estimée à 0 euro en coût de réalisation, a immédiatement séduit.

Quand la solidarité devient fertile

De ce projet est née une association, dont les statuts ont été déposés en mars dernier, avec une gouvernance collégiale assurée par six co-présidents – dont cinq retraités et un maraîcher, Rémi Boutonnet. Son nom, « Jardin, pote âgé », en dit déjà long sur l’esprit du projet : un jeu de mots pour illustrer le lien intergénérationnel et solidaire que l’association souhaite cultiver.

Car il s’agit bien de cela : cultiver à la fois la terre et les liens humains. Pas de transaction financière ici, mais un contrat de prêt, basé sur la confiance et le respect. Le jardinier s’engage à entretenir une parcelle qu’on lui confie ; en échange, il peut profiter des récoltes, parfois partagées avec le propriétaire. Le tout dans un esprit d’entraide et de convivialité. « C’est une sorte de Tinder du jardin », s’amuse Rémi Boutonnet, en évoquant la volonté de former des binômes compatibles tant sur le plan géographique qu’humain.

Une première pousse prometteuse

Le projet n’est pas resté au stade des idées. Une première rencontre a déjà donné ses fruits, entre Alexandra, jeune novice en jardinage cherchant à créer du lien, et Cécile, une jeune retraitée disposant d’un grand terrain mais peu expérimentée en matière de potager. Grâce à l’association, Alexandra cultive désormais 30 m² chez Cécile, et les deux femmes apprennent ensemble à faire pousser bien plus que des légumes : de la complicité, du partage, une forme d’amitié.

D’autres mises en relation sont à l’étude, notamment entre des habitants du quartier de Viastels et de propriétaires de jardins situés près de la Maison de Santé mentale. Le rôle des services municipaux, dans le cadre du budget participatif, est ici crucial : ils se sont engagés à recenser les propriétaires volontaires et à faciliter les connexions.

Rétablir les liens d’antan

« Il y a cinquante ans, quand j’ai construit ma maison, il n’y avait pas de clôtures. On parlait entre voisins. Aujourd’hui, les portails sont automatiques, les gens ont vieilli et se retrouvent isolés », regrette Raymond Cassan, en soulignant combien le projet vise aussi à rompre l’isolement et favoriser le maintien à domicile des personnes âgées.

À travers ce dispositif, l’association espère tisser un maillage solidaire à l’échelle locale, où le jardin devient un prétexte au lien, et le lien une condition du bien-vivre ensemble. « En cultivant un jardin, on peut faire pousser des légumes sains, mais aussi des fleurs… et pourquoi pas, une belle amitié ? », s’interroge Raymond, les yeux pétillants d’espoir.

Une dynamique à faire grandir

Les co-présidents voient loin : ateliers, visites de jardins, trocs de plantes, animations collectives… Les idées foisonnent. Et si, comme ils l’affirment, « le potentiel est énorme », l’avenir de « Jardin, pote âgé » dépendra surtout de la capacité des habitants à s’en emparer.

À l’heure où l’individualisme gagne du terrain, cette initiative rappelle que le lien social peut se cultiver aussi simplement qu’un pied de tomates, à condition de tendre la main, de prêter un peu de terre, et de croire en la richesse du partage.


Contact de l’association

Une adresse mail de contact va être créée, en attendant vous pouvez contacter Rémi Boutonnet : remi.boutonnet@gmail.com ou 06 78 79 69 07

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