Le sommet de Puech Caut qui culmine à 882 mètres d’altitude porte une grande enceinte quadrangulaire longue de 32 à 35m, orientée sensiblement suivant les points cardinaux. Cette enceinte, située sur une hauteur dénudée, éloignée de toute agglomération n’est autre qu’un temple gallo-romain rural ouvert au couchant. Désigné sous le nom de « fanum », il est comme la plupart de ses confrères (Basiols, Combalou…) situé sur une éminence. Le nom de « Caut » qui figure section D du cadastre de 1827, parcelle n°1, était traduit sous le nom de « Montagne chaude » dans une monographie de Sainte-Eulalie en 1887. Pour les anciens, il s’agissait d’un Puech où l’on faisait la chaux, mais son nom serait plutôt à rapprocher de podium calvum, haut lieu entièrement dépourvu d’arbres. En quelque sorte, un sommet chauve.

Découverte du site
On doit à André Soutou (1914-2003) sa découverte. Il la décrit ainsi : « En 1959, j’avais remarqué sur le sommet arrondi de cette croupe non seulement un tumulus, mais encore de faibles bourrelets de terrain, présentant la forme d’un grand carré à l’intérieur duquel j’avais recueilli des fragments de tuiles à rebord et des tessons de céramique sigillée. »
Trois campagnes de fouilles, menées en septembre 1960, en août 1961 et en octobre 1963 ont permis d’en savoir plus sur son histoire.
Les murs d’enceinte d’une largeur moyenne de 1,5 mètre sont formés d’un double parement de gros blocs, encadrant en les maintenant des blocs plus petits. Ces murs étaient surmontés de poutres de bois soutenant le toit, qui abritait seulement la galerie de circulation des fidèles , une galerie simple ou double afin qu’ils puissent faire le tour du sanctuaire. En effet, de part et d’autre de ce double parement, mais seulement sur une largeur maximum de 1,50 mètre, à l’extérieur comme à l’intérieur, ont été recueillis de nombreux fragments de tegulae et d’imbrices ainsi que des pointes de fer (10 cm de longueur moyenne), qui indiquent que l’enceinte était recouverte par un toit soutenu par une armature en bois.

Comme le montre la reconstitution, ce modeste temple gallo-romain était initialement couvert de tuiles romaines.

A l’intérieur, s’ouvre vers l’ouest, une cella rectangulaire de 7,5 m de long sur 5,4 mètres de large. Ses murs ont 40 à 50 cm de large et sont bâtis en pierres plus ou moins cubiques liées par un mortier très friable de chaux et de sable.
Un autel ou table à offrandes
À l’intérieur de la cella, dans la partie nord-est fut trouvé l’autel : deux murettes de 1,8 m de long disposées à angle droit enserrant une pierre à cupule, destinée à recueillir les offrandes (offrandes en monnaie) placé dans un bassin circulaire creusé dans une pierre plate, offrandes faites aux dieux protecteurs. Ou peut-être était-ce un autel surmonté d’une statue pouvant être vénérée par les fidèles. Autour de l’autel ont été recueillis de nombreux fragments de petits vases à offrandes (offrandes en nature enfermées dans les nombreuses céramiques votives qui jonchaient le sol).
L’accès des prêtres et des fidèles à l’intérieur de l’enclos se faisait par un étroit passage dérobé, visible à l’angle sud-ouest de l’espace sacré. C’est près de cet endroit qu’André Soutou découvrit à 20 cm dans le sol une patère de bronze dont le manche est gravé de deux têtes de cygne. Elle avait conservé son contenu primitif, à savoir un anneau et un crochet en fer, destinés à la suspension de ce récipient, deux bagues de même métal et un as de Nîmes (c’est-à-dire une monnaie de bronze portant sur une face un crocodile, mascotte des légionnaires de cette époque, et sur l’autre les têtes d’Auguste et d’Aggripa). Les têtes de cygne semblent indiquer, à défaut d’inscription plus explicite, que le culte pratiqué à Puech-Caut s’adressait à Apollon, le dieu solaire, qui protégeait la vie des hommes, leurs récoltes et leurs troupeaux.
Le bâtiment annexe situé à l’extérieur de l’enceinte était probablement destiné à l’accueil et au repos des voyageurs.

Un site utilisé à plusieurs époques
Grâce aux vestiges (quinze monnaies, des petits vases en terre rougeâtre et des céramiques portant les noms des potiers des ateliers de la Graufesenque (Condatomagos)) retrouvés à l’occasion des fouilles réalisées sur le site, les archéologues ont pu dater les périodes de fonctionnement du sanctuaire : il a été utilisé pendant les deux premiers siècles de notre ère. Il a succédé à la grotte sanctuaire de l’Ourtiguet (commune de Sainte-Eulalie-de-Cernon), même si tous deux ont cependant fonctionné pendant une période commune. Toujours sur le Larzac, A.Soutou a fouillé un autre fanum : un fortin sanctuaire au Pas de la Selle (commune de Lapanouse-de-Cernon) remontant au IIIe siècle et qui semble avoir succédé au fanum de Puech Caut.

Au point culminant, à 20 mètres au nord-est du sanctuaire, se dresse un tumulus de plus d’un mètre de hauteur ; il est bien antérieur à la construction du lieu de culte et André Soutou qui l’a étudié le décrit comme suit : « L’exploration a montré qu’il s’agissait d’un cénotaphe, c’est-à-dire d’un monument élevé en l’honneur d’un défunt disparu. Bien que l’intérieur de ce tertre, pourtant bien construit, n’ait livré jusqu’à présent ni ossements, ni restes d’incinération, ni poteries, ni mobilier quelconque, une vingtaine de tessons de céramique sigillée, éparpillés à peu de profondeur sur sa pente nord, semblent indiquer que cette tombe vide, dont l’érection est certainement bien antérieure à la construction du temple, était vénérée à l’époque gallo-romaine par les fidèles qui venaient célébrer leur culte dans le sanctuaire voisin » (Trois sites gallo-romains du Rouergue, revue Gallia, 1967).

Enfin environ 50 mètres en contrebas de tumulus, se voit une longue trainée de pierre qui se développe sur près de 70 mètres et qui s’apparente à un cap barré. Celui-ci devait être bien plus imposant lorsqu’il fut érigé quelque 700 ans avant le temple de Puech-Caut, mais une bonne partie de ses pierres (environ 200m3) a dû être réutilisée pour la construction du temple.
Temple qui une fois fouillée, a été complètement nettoyée et présente aujourd’hui sa structure complète, beau témoignage d’un sanctuaire campagnard élevé au début de l’ère chrétienne.
Mes remerciements à Alain Bouviala qui m’a fait découvrir ce site et à l’A.P.A.H.L (association pour le patrimoine archéologique et historique du Larzac) pour leur prêt de document.
Marc Parguel


