Ce lundi 14 juillet à 19h, c’est sur les réseaux sociaux qu’Ahmed Eddarraz, figure controversée mais incontournable du microcosme politico-médiatique local, a choisi de s’adresser aux Millavois. Dans une série de vidéos, le Millavois a laissé planer le doute sur une possible candidature à la mairie de Millau en mars 2026, tout en déroulant, non sans emphase, le récit d’un parcours aussi atypique que mouvementé.
« Est-ce que je serai candidat ? Je me pose toujours la question et je vous donnerai la réponse fin septembre », déclare-t-il dans une capsule vidéo d’un ton solennel et personnel. Mais la mise en scène, le choix de la date, la rhétorique nostalgique à propos de « Millau, mon Millau », et l’allusion aux « difficultés que traverse la ville », laissent peu de doute : Ahmed Eddarraz se prépare. Sa récente présence aux côtés d’Emmanuel Macron à Roquefort, où il s’est immiscé pour remettre au Président deux symboles de l’artisanat local (une paire de gants de l’Atelier du Gantier et un Couteau du Larzac), conforte cette impression de retour en terrain conquis.
Un itinéraire singulier : de Millau aux salons de la République
Né en 1985 à Millau, Ahmed Eddarraz est l’incarnation d’un itinéraire politique non conventionnel. Fils d’un buraliste d’origine marocaine, il débute dans l’arène publique en réaction au choc du 21 avril 2002. À 17 ans, il rejoint le Parti socialiste avant de devenir brièvement conseiller municipal à Millau en 2013.
Mais c’est son rapprochement avec Emmanuel Macron, dès les prémices du mouvement En Marche, qui l’extrait de l’anonymat local. Proche du couple présidentiel — surtout de Brigitte Macron, qu’il accompagne régulièrement pendant les campagnes —, Eddarraz devient un personnage de l’ombre, à mi-chemin entre militant dévoué et confident informel du pouvoir. Il apparaît à leurs côtés lors d’événements symboliques : investiture présidentielle, soirées électorales, 14 juillet.
Sa proximité avec Brigitte Macron est souvent soulignée : il aurait reçu d’elle un exemplaire de L’Étranger d’Albert Camus, preuve d’une relation personnelle au-delà des apparences politiques.
Des ambitions contrariées et des tempêtes médiatiques
En 2022, Ahmed Eddarraz tente de franchir un cap en se lançant dans la campagne des législatives pour la 9e circonscription des Français de l’étranger, centrée sur le Maghreb. Il se dit prêt à porter la voix des Français établis au Maroc, en Afrique de l’Ouest et ailleurs, mettant en avant son double attachement à la France et au Maroc.
Mais cette ambition se heurte à plusieurs revers. D’abord l’investiture lui échappe au profit d’Élisabeth Moreno, poussant Eddarraz à maintenir sa candidature en dissidence. Cette décision lui vaut une exclusion de La République En Marche en mai 2022, qu’il accepte avec une loyauté affichée envers le président : « Ce verdict ne change en rien mon attachement, ma fidélité et mon amitié au Président de la République et à la Première dame ».
Pire encore, en mars 2023, il est déclaré inéligible pour trois ans par le Conseil constitutionnel, pour non-dépôt de ses comptes de campagne et absence de restitution de carnets de reçus-dons. Ce manquement grave marque un coup d’arrêt à ses velléités parlementaires.
L’affaire Libération : la blessure d’une mise en cause
L’année 2024 n’a pas été plus tendre. Fin juillet, le quotidien Libération publie une enquête explosive accusant, entre autres, Ahmed Eddarraz d’avoir été « recruté » par les services marocains pour accompagner Brigitte Macron et obtenir des informations sensibles. L’article, qui mêle enjeux diplomatiques et spéculations sur les cercles de pouvoir, provoque un tollé.
Eddarraz réplique immédiatement par voie judiciaire. Il dénonce des accusations « fantaisistes », une enquête « bâclée », et déplore que des liens d’amitié sincères soient utilisés comme instruments de suspicion politique.
Ce feuilleton judiciaire en cours ajoute une ombre supplémentaire à un parcours déjà marqué par les coups d’éclat.
Et maintenant, Millau ?
« Les Millavois n’ont pas toujours été tendres avec moi », confie-t-il dans sa vidéo du 14 juillet, avant de déclarer son amour profond pour cette ville qu’il dit voir se « paupériser ». Un ton presque messianique, empreint de nostalgie et de revanche.
En repoussant sa décision officielle à la fin septembre, Ahmed Eddarraz s’offre un nouveau temps politique. Celui de la reconquête, peut-être, ou de la résilience. Une chose est certaine : son éventuelle candidature à la mairie de Millau ne laissera personne indifférent. Apprécié ou critiqué, Eddarraz reste un personnage hors normes qui divise, intrigue, et ne renonce jamais. À suivre donc… en septembre.


