La Section Socialiste Gérard Deruy de Millau réagit au vote de quatre des cinq parlementaires aveyronnais en faveur de la loi Duplomb, récemment adoptée à l’Assemblée nationale.
Ils sont quatre sur les cinq parlementaires aveyronnais (Jean-François Rousset, Stéphane Mazars, Alain Marc et Jean-Claude Anglars) à avoir voté en faveur de la controversée loi Duplomb. Un vote qui en dit long sur la direction choisie par nos représentants locaux à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Si le vote des sénateurs Marc et Anglars n’a rien de surprenant, tant ils nous ont habitués à leur clientélisme agricole, tout comme celui de Stéphane Mazars, bon petit soldat de la Macronie, c’est bien le vote du député sud-aveyronnais, Jean-François Rousset, qui interroge et laisse perplexe.
Ce dernier aime à se présenter comme « le député de la santé » et se targue d’être un fervent défenseur de l’agropastoralisme. À la lumière de son soutien à cette loi, ces postures apparaissent bien écornées aujourd’hui.
Cette loi Duplomb, adoptée le 8 juillet, autorise, la réintroduction de l’acétamipride, un néonicotinoïde interdit en France depuis 2018. Cette molécule, surnommée « tueur d’abeilles », est reconnue pour ses effets désastreux sur les pollinisateurs, pourtant essentiels à nos écosystèmes et donc à notre santé. Des études alertent également sur ses effets potentiellement graves pour l’homme, notamment des perturbations neurologiques et pouvant causer des problèmes de neuro-développement chez le fœtus, des cancers du foie, de la thyroïde et des testicules chez l’adulte ou des maladies rénales chroniques.
En tant que médecin, Jean-François Rousset aurait dû incarner le principe de précaution, pierre angulaire de la pratique médicale (d’abord ne pas nuire) et pilier de la Charte de l’environnement voulue par Jacques Chirac… il a choisi la position inverse.
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Au-delà de l’acétamipride, cette loi pose aussi question quant à sa prétendue vocation à « apporter de la souplesse » à nos agriculteurs. En réalité, ce n’est pas une loi de simplification : c’est une loi de régression dangereuse, qui répond avant tout aux intérêts de quelques filières industrielles. Elle facilite l’agrandissement des élevages intensifs, encourage l’installation de mégabassines et allège certaines règles environnementales. Une orientation « trumpiste », où la compétitivité prime sur la santé et l’environnement, qui favorise un modèle productiviste et exportateur.
Un choix d’autant plus problématique qu’il fragilise directement les petites exploitations locales, souvent bio, qui nourrissent nos concitoyens et nos enfants, comme à la cuisine centrale de Millau. Ces exploitations risquent de se retrouver en concurrence déloyale, prises au piège d’un modèle qu’elles n’ont pas choisi.
Au soir du second tour des législatives de juin 2024, Jean-François Rousset déclarait pourtant que son résultat, obtenu notamment grâce à des voix venues de la gauche, l’engageait pour l’avenir. Pour autant, au moment décisif, il a choisi de suivre la ligne de son groupe.
Car contrairement à ce que tentent de justifier aujourd’hui MM. Rousset et Mazars, voter « pour » n’était pas une fatalité. Au sein même des groupes Horizons, MoDem et Renaissance, 26 députés ont voté contre et 15 se sont abstenus. Le député Rousset aurait donc pu s’abstenir ou voter contre, sans rompre avec sa famille politique.
Ce vote rappelle qu’au-delà des postures et des discours, concilier santé publique, protection de l’environnement et soutien réel au monde agricole exige du courage et de la clarté.
On ne peut pas se prétendre « le député de la santé » et soutenir la réintroduction d’une molécule reconnue pour ses effets destructeurs tout en fragilisant le principe de précaution.
On ne peut pas se proclamer défenseur de l’agropastoralisme tout en soutenant un modèle productiviste qui met en péril les fermes locales et la biodiversité.
Il ne suffit pas d’invoquer la responsabilité ou la cohérence : encore faut-il les incarner.
Section Socialiste Gérard Deruy de Millau
Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au média Millavois.com et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.


