Comme une fenêtre ouverte sur la ville, le Rocher troué qui se détache de la falaise fait partie de notre paysage millavois. Depuis la place de la Capelle comme en entrant dans la vallée de la Dourbie, nous pouvons l’apercevoir, profilant son anse carrée aux flancs du Causse Noir.
Si Léon Roux (1858-1935) était parmi nous, il nous dirait : « Devant nous, Pouncho d’ogatch domine et semble contempler la jonction du Tarn et de la Dourbie. Le pic est couronné de rochers dans lesquels s’ouvrent des baumes, les unes profondes avec des couloirs obstrués par des éboulis, d’autres ne sont que de simples abris. Je connais déjà les unes et les autres. Sur les hauts flancs abrupts, au milieu des buis et genévriers, des genêts, de la « farigoule » et de quelques arbres rabougris, d’autres rochers s’élèvent isolés. L’un d’entre eux attire particulièrement les regards et pour ceux qui connaissent le pays, ce bloc semble être un égaré de l’amas de là-haut sur le plateau, le Causse Noir. Ce bloc apparaît comme une sentinelle avancée de Montpellier-le-Vieux : c’est lou rouoc troùcat, bizarre par sa forme, son emplacement et Sa Majesté, oserais-je dire, car il domine les rocs épars » (Notes éparses, Promenades, 1870, l’Auvergnat de Paris, 4 novembre 1933).

Pour nous y rendre, il faut aller jusqu’à Massebiau, à 4 km de Millau, et en entrant dans le hameau, prendre la direction du chemin de Bouysse. Nous passons devant l’impasse du four à pain, puis près de l’impasse du porche. Notons que Massebiau a vu ses rues nommées en avril 2022. Nous quittons le chemin de Bouysse pour partir sur le sentier qui part sur la droite et qui permet de prendre rapidement à la hauteur. Nous voici à une fourche, il faut prendre à gauche et ne plus quitter ce sentier qui passe au milieu des nombreuses floraisons printanières.
Après vingt minutes de marche, nous voici au pied du rocher. En l’abordant, face à Millau, on remarquera fixé dans la pierre, une plaque commémorative et une médaille à la mémoire de Loïc Ayral, jeune traileur de 29 ans qui avait perdu la vie, le 3 mars dernier, après avoir glissé au niveau de la barre rocheuse située au-dessus du rocher troué.

Approche du Rocher troué
Des rochers troués il n’en manque pas sur le Causse, et ils ont tous pris des noms particuliers : Trou de la lune, Trou du soleil… mais celui-ci s’est toujours appelé simplement Rocher troué ou percé. Son ouverture mesure 2m40 de large sur 2m80 de hauteur.
Comme l’indique E.A. Martel,« il témoigne nettement du passage et de l’œuvre des anciens cours d’eau, probablement pliocènes (dernière période de l’ère tertiaire), quand ils coulaient bien plus haut et plus fort qu’actuellement. C’est un important témoin du travail torrentiel d’approfondissement des vallées » (Les Causses Majeurs, 1936).

La grotte
De là, on pourra monter jusqu’à l’entrée de la caverne dont l’ouverture se voit de très loin, et qui a attiré bon nombre de touristes de tout âge. Moi, le premier, je la découvrais à l’âge de 16 ans. Une petite escalade à l’entrée permet de voir un long couloir sur la droite perpendiculaire à la ligne de falaise ; très haut et moyennement large, on le parcourt plus facilement en se baissant et en constatant au niveau du sol l’érosion liée au passage de l’eau qui a creusé la galerie. En levant les yeux, le plafond renferme des roches agglomérées, comme colmatées par du dépôt de limon.

Cette cavité longue de 65 mètres s’est formée à la suite de l’action érosive des eaux qui coulaient sous pression en remplissant les couloirs sans doute au cours du Pliocène (entre 5 et 1,6 million d’années). Les quinze derniers mètres sont plus agréables à parcourir, et débouchent vers une fissure impénétrable (bouchée par l’argile) où l’on voit suinter de l’eau.

Si elle est encore intensément fréquentée, à voir les nombreuses inscriptions qui figurent sur les parois, nul doute qu’elle a en tout temps servi de refuge. Alain Bouviala y a trouvé un fragment de poterie dite « à rouelles » datant du Ve ou VIe siècle apr. J.-C., étant peut-être un témoin d’une occupation de réfugiés au moment des invasions barbares à la fin de l’Empire romain.

Marc Parguel


