Notre-Dame des Cuns (commune de Nant, vallée de la Dourbie)

Marc Parguel
Lecture 7 min.
Bâtie en calcaire compact et tuf doré, l’église Notre-Dame des Cuns est la plus belle église romane de la vallée de la Dourbie (DR)

L’église Notre-Dame des Cuns (Nòstra-Dòna dels Cunhs), malheureusement cernée de trop près par la route, est sans doute la plus belle et la plus complète des églises romanes de la vallée de la Dourbie. Elle est située à 2,5 km de la commune de Nant, près d’un petit groupe de maisons (Hameau des Cuns : terrain en angle, en coin) accroché aux contours d’un grand « S » de la route. Le tuf doré dans lequel elle est bâtie, par sa matière tourmentée et colorée d’oxydes, fait de cet édifice un petit chef-d’œuvre d’architecture.

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Vue de l’église prise en bordure de la route (14 juillet 2025) – DR

Histoire

L’église est citée pour la première fois dans une bulle du pape Innocent II, en 1135, parmi les possessions de l’abbaye Saint-Pierre-de-Nant. Ce fut d’abord un prieuré avant de devenir centre paroissial durant la seconde moitié du XIIIe siècle.

Monument historique depuis le 26 mars 1942, cette petite église du XIe siècle dont le culte a cessé d’être célébré vers 1840 a servi pendant de nombreuses années de hangar à l’usage des habitants du village. Elle a été récemment nettoyée et pavée, la toiture en lauze entièrement refaite.

À l’extérieur, on remarque un joli campanile quadrangulaire au milieu de l’édifice, avec sa cloche qui porte l’inscription Ave Maria Gratia Plena où figure l’année 1543. « Cette cloche a une petite histoire, revendiquée par la fabrique de l’abbatiale Saint-Pierre-de-Nant, elle prit place dans son grand clocher en 1837. Après maintes supplications des habitants du village, notre cloche retrouvera son coquet domicile en avril 1842. Cette cloche est une des plus anciennes du département, et en conséquence, classée. ».

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L’église au début du XXe siècle (DR)

À l’intérieur, une voûte en plein cintre couvre une nef étroite. Le chœur polygonal est entouré de six colonnes avec de beaux chapiteaux et un banc de pierre continu pour le clergé.

À droite, une chapelle dédiée à Saint-Amans a été ajoutée au XVe siècle. Elle est de plan carré, voûtée d’ogives retombant sur des culs-de-lampe sculptés. Les fenêtres ont été refaites à la même époque. Un petit cimetière longeait l’église côté sud.

L’église a dû être fortifiée pour se protéger des pillages des routiers. Une tour de défense en encorbellement sur le portail a été ajoutée pour en défendre l’entrée aux routiers pendant la guerre de Cent Ans. 

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Intérieur de l’église (DR)

Le 13 mai 1690, Philiberte de Fombesse, dame de la Boisserole, âgée de 80 ans décède aux Cuns. Dans son acte de décès, il est fait mention « d’une donation de tous biens meubles et immeubles aux Révérends Pères de la Doctrine Chrétienne de Nant à condition et à charge qu’ils diront tous les jours messe de requiem pour le repos de son âme et qu’ils seront tenus de dire deux messes hautes de requiem dans l’église de Notre-Dame des Cuns – l’une le jour du décès de ladite demoiselle Philiberte de Fombesse et l’autre le second novembre et jour du décès de damoiselle Claude de Fombesse en l’année 1677 et qu’à chacune des deux messes on habillera deux orphelines ou enfants pauvres de la présente paroisse et on distribuera la valeur de deux écus de pain devant la porte de la susdite église et le 14 mai 1690 ladite demoiselle Philiberte de Fombesse fut ensevelie dans la chapelle Saint Amans qui est dans la présente église ». 

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Devant l’église autrefois (DR)

Description

Son plan est commun à plusieurs églises romanes du Sud-Aveyron, toutes dépendantes directement ou indirectement de l’abbaye Saint-Victor de Marseille ou d’abbayes languedociennes. Il n’est donc pas interdit de penser qu’une telle organisation de l’espace vient du Midi (Nicole Andrieu). Le plan de Notre-Dame des Cuns (nef rectangulaire unique, chœur carré et abside), est aussi celui de Saint-Michel de Rouviac, de Saint-Martin du Vican, autour de Nant, et de Saint-Sauveur du Larzac, sur le Causse. Il est marqué par le sens de l’économie et par un souci fonctionnel, lié à la vie liturgique : la nef et l’espace de rassemblement pour les fidèles, le chœur est réservé à ceux qui chantent les offices, autour de l’autel placé dans l’abside. Ici, l’abside est polygonale. Une chapelle latérale a été ajoutée comme nous l’avons dit au XVe siècle. Le clocher est parfaitement proportionné. Les baies jumelées qui répondent à sa fonction ajoutent à son élégance.

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Le portail à arc brisé couronné par une arcade romane (ancien mur de défense) – DR

La porte percée au sud, selon une habitude méridionale, est surmontée d’un massif rectangulaire ruiné. Cette construction, où l’on distingue encore une meurtrière, a pu servir d’équipement défensif pour protéger l’entrée et faire de l’église un refuge collectif plus sûr. La nef n’a été achevée qu’au XIIIe siècle, comme l’indiquent la découpe des fenêtres et les arcades portées par des culs-de-lampe sculptés.

D’après Jean-Claude Rivière : « L’encorbellement surmontant l’entrée repose sur des corbeaux à trois rouleaux. Disposition architecturale fréquente, aux XIIIe et XIVe siècles, dans les bâtiments fortifiés. Cette partie de l’édifice, y compris l’arc de l’entrée, légèrement brisé, peut avoir été remaniée durant la guerre de Cent Ans à des fins défensives. »

Le mur ouest est percé d’une rosace où l’on voit encore la rainure qui maintenait le vitrage. Une petite porte permettait de communiquer avec le prieuré. Une travée intermédiaire précède le chœur. Elle est marquée par d’épais contreforts qui aident à supporter le poids du clocher. Le chœur et l’abside sont décorés d’une arcature posée sur un banc. Les chapiteaux des colonnes ont été sculptés de façon très sommaire et naïve, dans un style populaire, assez éloigné du raffinement que l’on trouve dans l’église abbatiale de Nant.

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