Le comité de jumelage Millau–Plopeni célèbre cette année dix ans d’amitié franco-roumaine. Dix années d’échanges, de rencontres et de projets partagés entre les rives du Tarn et les plaines de Valachie, que le comité a choisi de fêter tout au long du mois de novembre sous le signe de la culture.
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Premier rendez-vous de ce programme anniversaire : l’exposition « Cimetière joyeux de Săpânța », visible du 4 au 22 novembre à l’Espace Culture, dans les jardins de la mairie. Un hommage vibrant aux traditions populaires roumaines, et plus particulièrement à l’art singulier du Maramureș, région du nord-ouest de la Roumanie.

Le rire au cœur de la mémoire
Lors du vernissage, mardi 4 novembre, Patrick Bringer, président du comité de jumelage Millau–Plopeni, a rappelé toute la richesse symbolique du « cimetière joyeux », inscrit au patrimoine de l’UNESCO depuis 2004.
Né en 1929 de l’imagination du sculpteur Stan Ion Pătraș (1908–1977), ce cimetière pas comme les autres est un véritable musée à ciel ouvert. Là-bas, la mort ne se pleure pas : elle se raconte, se chante même parfois, avec humour et tendresse. Sur chaque stèle en bois peint, une épitaphe rédigée à la première personne évoque, souvent avec ironie, la vie du défunt ou les circonstances de sa mort.

« En Maramureș, la mort se fête comme des noces, a expliqué Patrick Bringer. Les habitants ne la craignent pas : ils la tournent en dérision. Cette philosophie de l’existence, empreinte de sagesse et de foi, fait du cimetière joyeux un hymne à la vie. »
Le « bleu Săpânța », couleur de l’espoir
Dans cette région où le bois est roi, chaque croix est sculptée, peinte et décorée avec une précision infinie. Pătraș, puis ses élèves, ont inventé un style unique mêlant poésie naïve, motifs géométriques et symboles colorés : le vert pour la vie, le jaune pour la fécondité, le rouge pour la passion, le noir pour la mort, et surtout le bleu Săpânța, devenu emblématique, symbole d’espoir et de liberté.

Les bas-reliefs peints qui accompagnent les textes représentent le défunt dans son activité principale, ou la scène de son décès lorsque celui-ci fut accidentel. L’ensemble compose une étonnante fresque sociale et culturelle : un miroir du village tout entier, à la fois touchant et plein d’esprit.
Une œuvre transmise et exposée à Millau
L’exposition présentée à Millau est signée Dimitru Pop, dit Tincu, élève de Stan Ion Pătraș disparu récemment. Réalisée en 1995 à la demande du Centre culturel Bonlieu d’Annecy et de L.A.R.C. (Loisirs, Art, Rencontres, Culture) du Creusot, cette œuvre est aujourd’hui confiée à l’association Grenoble Isère Roumanie.

Sur des plateaux de chêne, l’artiste a reproduit une stèle complète et 29 bas-reliefs (50 x 70 cm) inspirés des tombes du célèbre cimetière. Les épitaphes, traduites en français, permettent de goûter à la poésie simple, naïve et savoureuse de ces textes populaires.
« Même si les reproductions ne sont pas strictement fidèles, elles gardent l’esprit et l’émotion des originaux, souligne Patrick Bringer. Chaque panneau est une œuvre d’art, un fragment d’humanité. »

Un mois de novembre placé sous le signe de la Roumanie
Cette exposition n’est que la première étape d’un riche programme pour marquer les 10 ans du jumelage Millau–Plopeni. Suivront :
- un stage de danses traditionnelles des Balkans, le 11 novembre,
- l’accueil d’une délégation roumaine, dont le maire de Plopeni, du 17 au 21 novembre,
- une soirée festive le 19 novembre, ouverte au public sur inscription,
- et enfin, un voyage en Roumanie du 11 au 18 septembre 2026, qui permettra aux Millavois de découvrir sur place le Maramureș, Săpânța et la ville jumelle Plopeni.

En attendant ce périple, l’exposition du « cimetière joyeux de Săpânța » offre déjà une belle échappée au cœur des traditions roumaines. Entre rires, couleurs et poésie, elle invite chacun à regarder la vie – et la mort – autrement.
Exposition “Cimetière joyeux de Săpânța”. Espace Culture (jardins de la mairie, Millau). Du 4 au 22 novembre 2025 – Entrée libre





