À l’issue de la cérémonie officielle du 11 novembre organisée au Parc de la Victoire à Millau, la section locale de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) et l’association 4ACG (Anciens Appelés d’Algérie et leurs Amis contre la Guerre) ont déposé une gerbe en hommage aux soldats fusillés pour l’exemple durant la Première Guerre mondiale. Ce geste symbolique vise à rappeler la mémoire de ces hommes condamnés à mort par la justice militaire française entre 1914 et 1918.
Selon la LDH, « le combat continue pour leur réhabilitation collective, 107 ans après la fin de la Grande Guerre ». Durant ce conflit, plus de 640 soldats français furent exécutés, le plus souvent pour désobéissance ou abandon de poste, parfois après des procès expéditifs. La majorité d’entre eux étaient de jeunes soldats traumatisés par la brutalité des combats et les conditions de vie dans les tranchées. « Beaucoup d’entre eux sont allés au bout d’eux-mêmes, traumatisés par la violence des combats, les bombardements, les gaz, et les grenades », rappelle la section millavoise.

Ces exécutions, destinées à faire figure d’exemples pour maintenir la discipline au sein des troupes, ont été vécues comme une injustice profonde par les familles des fusillés. « L’épreuve du deuil a tourné au calvaire , souligne la LDH. Des familles entières ont été déshonorées et abandonnées par l’État car privées de la pension de veuves de guerre. »
Si quelques cas isolés ont été réhabilités au fil des décennies, les demandes de reconnaissance collective demeurent sans réponse législative définitive. Un projet de loi déposé en 2022 prévoyait une réhabilitation générale et collective de ces soldats, accompagnée d’une demande officielle de pardon de la Nation, ainsi que l’inscription de leurs noms sur les monuments aux morts avec la mention « Mort pour la France ». Ce texte, bien accueilli à l’Assemblée nationale, a été rejeté par le Sénat.
Malgré le temps écoulé, la section locale de la LDH affirme qu’il est encore nécessaire de se mobiliser sur ce sujet : « Oui pour lutter contre l’oubli, l’arbitraire et l’injustice, oui pour apaiser la mémoire et les consciences et oui pour l’honneur des familles et de notre Nation. »

En Aveyron, six soldats ont été officiellement recensés comme fusillés pour l’exemple, selon le site de l’armée « Mémoire des Hommes » :
- Albert Arjailles, né à Saint-Jean-du-Bruel, fusillé le 11 septembre 1914 à l’âge de 28 ans.
- Jean Blanc, né à Lacroix, fusillé le 3 octobre 1914 à 34 ans.
- Marius Crayssac, né à Lestrade-et-Thouels, fusillé le 3 octobre 1914 à 22 ans.
- Albert Fuzier, né à Brusques, fusillé le 27 août 1915 à 28 ans.
- Georges Haon, né à Rodez, fusillé le 27 août 1915 à 28 ans.
- Augustin Lacroix, né à Pinet, fusillé le 15 juillet 1916 à 32 ans.
« La République française s’honorerait en décrétant une réhabilitation générale et collective », conclut la section LDH de Millau.





