Dans cette tribune, Karine Haumaitre alerte sur « les non-conformités environnementales relevées à plusieurs reprises sur le site Cyclamen d’Éguelshardt ». S’appuyant sur des documents officiels, l’élue d’opposition appelle à la transparence avant tout projet d’implantation de l’entreprise à Millau.
« Rien n’est inventé. Aujourd’hui Les faits sont là, consignés noir sur blanc dans les rapports officiels de la DREAL Grand Est, librement consultables sur le site public Géorisques. Deux mises en demeure préfectorales ont été adressées à Cyclamen SAS, exploitant du site d’Éguelshardt, en 2023 et 2025, pour des non-conformités environnementales précises : confinement défaillant, portes laissées ouvertes, rejets d’eaux pluviales non traitées, stockage extérieur non autorisé, dispositifs incendie incomplets.. À ce jour, aucune levée officielle de ces mises en demeure n’a été publiée.
Et pourtant, à Millau, certains affirment que « tout est réglé », que « ces constats ne sont que des formalités techniques », ou encore que même si plusieurs améliorations sont en cours de mise en œuvre, notamment en matière de filtration, d’isolation et de réduction des émissions sonores, afin de garantir le respect des normes environnementales et la tranquillité du voisinage tout cela est minime. Mais comment un constat signé par les ingénieurs de l’État, validé par le Préfet et publié sur une plateforme gouvernementale, pourrait-il « ne rien dire » ? Comment, en s’appuyant sur des documents publics et vérifiables, peut-on être accusée de “colporter de fausses informations” ? Une mise en demeure préfectorale est l’un des actes les plus sérieux dans le suivi des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPE). Elle intervient quand l’exploitant ne respecte pas ses obligations réglementaires malgré des contrôles et des relances. C’est un avertissement officiel constatant une non-conformité, signé par le Préfet. Autrement dit, ce n’est pas une simple remarque administrative, mais un signal d’alerte formel émis par l’État. Ici, deux mises en demeure, sur deux ans. Ce n’est pas anodin. Une seule peut arriver , les réglementations sont complexes… Mais deux mises en demeure successives, à deux ans d’intervalle, pour des manquements identiques (poussières, confinement, eaux pluviales, stockages extérieurs) révèlent une difficulté structurelle à respecter la réglementation. Les rapports le montrent : certaines améliorations ont bien été engagées, mais les points de non-conformité essentiels demeurent. Ces constats ne relèvent pas d’un ressenti : ils décrivent un site qui, aujourd’hui encore, n’est pas pleinement conforme. Et c’est pourtant ce modèle d’exploitation qu’on nous propose de transposer à Millau, sur la zone Viaduc 2, comme si le simple fait de changer de territoire suffisait à effacer les constats de l’État.

Certains minimisent, ne veulent pas voir. Par volonté politique d’attirer l’emploi local, par pression économique et discours d’innovation « verte », aussi par un réflexe bien connu : celui de dénoncer des normes jugées trop contraignantes, trop tatillonnes, qui freineraient l’esprit d’initiative. Les règles environnementales décourageraient les porteurs de projets et pousseraient nos industries ailleurs. Tout cela est audible, mais cela ne peut pas justifier de passer sous silence des manquements avérés ; Et pour finir par une stratégie de communication bien rodée qui transforme parfois un manquement en « détail technique ». Mais tout l’arsenal de communication ne saurait non plus supprimer les constats. Les faits existent, et le silence autour d’eux ne les efface pas.

Le dirigeant de Cyclamen a déclaré que « des leçons ont été tirées » et que « le futur site de Millau intégrera dès le départ les dispositifs nécessaires ». Ces propos, présentés comme une preuve de bonne foi, sont surtout il me semble la reconnaissance implicite, un aveu, que des corrections restent donc à faire ailleurs. Et qu’ailleurs, finalement, ce n’est pas si bien. On ne tire pas des leçons d’un fonctionnement qui serait exemplaire… Et on ne promet pas d’éviter à l’avenir ce qui n’aurait jamais eu lieu ni posé de problème…
Alors non, tous ces constats ne veulent pas dire que l’entreprise est « dangereuse » ou « coupable » d’un crime environnemental. Mais cela veut dire que les conditions d’exploitation actuelles, les pratiques actuelles ne respectent pas encore la loi. Et c’est une donnée essentielle lorsqu’on veut reproduire ce modèle ailleurs, ici, à Millau. C’est d’autant plus important que le Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN), établissement public indépendant, a confirmé dans un courrier officiel du 4 novembre 2025 que son analyse révèle des manquements potentiellement graves aux obligations de l’arrêté d’enregistrement ICPE de l’entreprise. Nous sommes donc bien loin d’une situation totalement régularisée, et encore moins « clean ». On m’a dit que je ne comprenais pas les process industriels, que je relayais des propos mensongers, que j’étais dans l’émotionnel, que j’accordais du crédit à un collectif dont on se demande qui ils sont, qui ils représentent, et ce qui garantit leur bonne foi. Mais tout ce qui est avancé est documenté, signé, publié. Rappeler les constats officiels ne relève pas de l’émotionnel : c’est de la transparence. De la prudence. Je ne condamne pas : je demande des preuves de conformité avant de signer un chèque en blanc. Je ne m’oppose pas, je n’empêche pas : je demande des garanties. Entre communication maîtrisée et réalités préfectorales, à chacun de choisir ce qu’il veut voir.



Oui, le recyclage des métaux non ferreux est une activité utile, nécessaire, porteuse d’avenir. Oui, l’entreprise est ambitieuse et son discours sur la transition industrielle est séduisant. Mais la confiance publique ne se signe pas les yeux fermés. Et avant d’applaudir des deux mains, le site de référence doit être exemplaire. Ici L’État a constaté. Le Parc a observé. Les habitants ont signalé. Face à de tels constats, il n’y a plus de neutralité possible : on agit pour la transparence, ou l’on cautionne le déni. Certains ont bien appris la leçon. Ils communiquent, mais taisent le reste. Une chose est sûre, s’il n’y avait pas de manquements, il n’y aurait pas de réserves. Millau mérite un développement industriel exigeant, rigoureux et exemplaire. »
Karine Haumaitre, élue d’opposition
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