Sous un ciel bleu mais dans un froid piquant, plusieurs dizaines de parents et d’enfants ont afflué, samedi 22 novembre au matin, vers l’école Beauregard. Tous venaient découvrir la transformation des cours maternelle et élémentaire de l’établissement, désormais largement végétalisées et pensées pour offrir plus de fraîcheur, de biodiversité et de qualité de vie aux élèves. Une inauguration menée par la maire de Millau, Emmanuelle Gazel, entourée de plusieurs adjoints, devant une communauté scolaire « enthousiaste et fière du résultat ».
Cette métamorphose, aboutie après plusieurs mois de travaux, marque une nouvelle étape dans la stratégie municipale de désimperméabilisation et de renaturation des espaces urbains. Après Jules-Ferry en 2024, Beauregard devient ainsi la deuxième école du réseau scolaire millavois dont les cours sont entièrement repensées dans ce sens.
Des oasis urbaines pour un quartier de 2 600 habitants
Située au cœur du quartier prioritaire Beauregard, qui compte 2 600 habitants et accueille 58 élèves en maternelle et 98 en élémentaire, l’école bénéficie d’un projet conçu pour répondre à la fois à des besoins éducatifs, climatiques et sociaux.
Le principe central : laisser moins de place au bitume, plus à la nature. Les sols ont été désimperméabilisés et remplacés par des revêtements minéraux drainants, tandis que les espaces de jeux sont désormais recouverts de copeaux de bois issus du broyage des arbres élagués par les services municipaux. De nombreux arbres à feuillage généreux ont été plantés, et des zones de verdure, parfois grimpantes, permettent d’apaiser morphologiquement et visuellement la cour.
« Ce sont des cours pensées pour offrir davantage d’ombre, réduire l’effet d’îlot de chaleur, favoriser les jeux coopératifs et apaisés », explique-t-on du côté de la municipalité.

Pour les enfants, des espaces de jeu repensés et inclusifs
La transformation ne se limite pas à la végétation. Les usages ont été revisités : installation de jeux non genrés favorisant motricité et équilibre ; réorganisation des espaces pour réduire les conflits autour des zones de ballon ; surfaces adaptées à tous les sports ; supports dédiés au dessin ; et un espace de « répit » conçu pour les élèves de l’Unité d’enseignement Élémentaire Autisme (UEEA), à l’écart du bruit et de l’agitation.
Tout le projet a été coconstruit avec les enseignants, les agents municipaux, les services espaces verts et même les élèves, ces derniers ayant été invités à imaginer leur « cour idéale », en maternelle comme en élémentaire, accompagnés par le CPIE du Rouergue.
Un chantier inscrit dans une stratégie plus large
Depuis plusieurs années, Millau développe un plan global de retour de la nature en ville, conciliant désimperméabilisation, îlots de fraîcheur, végétalisation des pieds d’immeubles et jardins partagés. Ce mouvement s’inscrit dans la lignée d’une votation citoyenne organisée en 2021, où la végétalisation des cours d’école avait été plébiscitée par les habitants.
À Jules-Ferry, première école transformée en 2024, les retours des familles et enseignants avaient été très positifs : apaisement du climat scolaire, réduction des chutes, diminution des conflits liés aux grands espaces bétonnés. Des résultats que la Ville espère retrouver à Beauregard.

Près de 490 000 euros d’investissement
Le coût global du projet s’élève à 489 318 € HT, dont 429 418 € pour les aménagements, plantations, mobiliers et jeux, et 59 900 € pour les études et l’assistance à maîtrise d’ouvrage.
Le financement est assuré conjointement par l’État (fonds vert) 8,5 %, la Ville de Millau (autofinancement) 40,56 %, la Région Occitanie 10 %, l’Agence de l’eau Adour-Garonne 30,65 % et le Département de l’Aveyron (prévisionnel) 10 %.
Un accueil chaleureux malgré le froid
Ce samedi matin, les enfants ont couru d’un espace à l’autre pour tester les nouveaux jeux. Les parents, eux, observaient longuement les plantations encore jeunes, les revêtements clairs, les bordures courbes qui réorganisent l’espace. « On voit la différence, ça respire », lâche une mère d’élève, emmitouflée dans une écharpe.
Dans le quartier, les crieurs de rue de la compagnie La Manivelle, juchés sur leurs vélos verts, avaient sillonné les rues toute la semaine pour annoncer la visite des nouvelles cours, une initiative déployée dans le cadre du contrat de ville « Centre ancien – Beauregard ».
À l’heure où les collectivités cherchent à atténuer les effets du changement climatique, la cour d’école devient un laboratoire local de résilience. Pour Beauregard, cette transformation marque peut-être plus encore : un signal d’attention pour un quartier longtemps relégué, et désormais placé au cœur d’une ambition écologique et citoyenne.












