À Creissels, le combat pour rompre le silence du clocher

Millavois.com
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© Fondation du patrimoine

La petite commune de Creissels se mobilise pour sauver son patrimoine campanaire. Au-delà de la restauration technique de cloches fissurées, c’est tout un symbole de la vie rurale et du lien intergénérationnel que la municipalité et la Fondation du patrimoine tentent de préserver.

C’est un silence que les habitants de Creissels n’avaient pas anticipé, mais qui, paradoxalement, fait grand bruit. Depuis quelque temps, l’église Saint-Julien, qui domine le village depuis des siècles, a perdu sa voix. Pour des raisons de sécurité, le clocher a été mis au régime muet. Une « respiration coupée » pour la communauté locale, soudainement privée de ce repère temporel et spirituel qui rythmait les existences, des baptêmes aux adieux, depuis des générations.

Derrière ce mutisme imposé se cache une usure irrémédiable. Les diagnostics techniques sont formels : le bronze a cédé sous le poids des ans. Plus précisément, ce sont deux des quatre cloches de l’édifice (la moyenne et la plus petite) qui sont aujourd’hui fissurées et irrémédiablement désaccordées. L’une d’elles, forgée en 1900, porte les stigmates du temps qui altèrent sa sonorité et menacent sa structure même.

L’ombre des maîtres Triadou

L’enjeu dépasse la simple réparation mécanique. Il s’agit de préserver une harmonie sonore conçue il y a plus de deux siècles. Le patrimoine campanaire de Creissels est en effet signé par les maîtres Triadou de Rodez, fondeurs réputés dont les œuvres résonnent dans la vallée depuis 1808. D’abord installées dans un clocher octogonal, ces cloches avaient rejoint leur emplacement actuel en 1878, portant chacune la trace des familles qui les avaient parrainées.

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© Fondation du patrimoine

Aujourd’hui, l’objectif de la municipalité, emmenée par le maire Jean-Louis Calvet, est précis : retrouver la célèbre sonnerie « Salve Regina » en Si bémol, qui faisait la singularité acoustique du lieu. Pour y parvenir, les experts ont écarté l’option de la réparation. Il faudra passer par une refonte complète dans une fonderie traditionnelle.

Le projet se veut respectueux de la matière et de l’histoire : le métal des vieilles cloches sera réemployé pour couler les nouvelles. C’est une forme d’alchimie patrimoniale où l’ancien bronze, témoin des « veillées d’hiver ou des processions solennelles » d’autrefois, transmettra sa substance aux voix du futur. Les nouvelles pièces seront ensuite minutieusement accordées aux deux grandes cloches restantes, afin de restituer l’ensemble harmonieux d’origine.

Un coût et une mobilisation collective

Ce travail d’orfèvre a un prix. Le montant des travaux est estimé à 15 365 euros. Une somme conséquente pour une petite commune, qui inclut la fonte, la gravure, l’installation et l’accordage. Pour relever ce défi financier, la mairie a scellé un partenariat avec la Fondation du patrimoine, premier acteur de la générosité en faveur du bâti en France.

L’appel aux dons, lancé aux habitants de Creissels mais aussi à ceux de la Communauté de communes de Millau Grand Causse, vise à transformer ce chantier technique en « œuvre collective ». Le modèle économique repose sur la défiscalisation incitative, levier classique de la sauvegarde du patrimoine vernaculaire : 66 % du montant du don est déductible de l’impôt sur le revenu.

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© Fondation du patrimoine

« Faire résonner l’âme du village »

Au-delà des aspects fiscaux et métallurgiques, c’est la dimension symbolique qui prévaut dans le discours des porteurs du projet. « La cloche n’est pas qu’un objet de bronze suspendu dans les hauteurs : elle est le cœur battant de Creissels », peut-on lire dans le plaidoyer pour la restauration. Chaque don est perçu comme « un coup de marteau sur le moule », chaque euro comme une note rendue à la partition communale.

Si la collecte porte ses fruits, le clocher de Saint-Julien ne sera plus ce témoin muet qui surplombe le village. Il retrouvera sa fonction séculaire : « appeler, rassembler, consoler ». Une victoire sur l’usure du temps, pour que la mémoire de Creissels continue de s’écrire, ou plutôt de sonner, au présent.


Vous souhaitez contribuer ?

Si vous souhaitez participer à la restauration des cloches de Creissels et bénéficier d’une réduction d’impôt, vous pouvez effectuer un don directement sur le site de la Fondation du patrimoine.

Faire un don en ligne : www.fondation-patrimoine.org

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