Ce vendredi 28 novembre, la maire de Millau Emmanuelle Gazel a convié la presse au commissariat de la police municipale. Objectif : faire un point sécurité, suite à un troisième courrier au ministre de l’Intérieur depuis le début du mandat.
Pour la troisième fois donc, la maire de Millau a écrit au locataire de la place Beauvau (Laurent Nuñez actuellement) pour lui demander plus de moyens afin de « maintenir le bien-être et la qualité de vie, également pour garantir à tous les citoyens la tranquillité et la sécurité. »
Ce courrier fait suite aux drames récents de Grenoble et Marseille. De son propre aveu, le narcotrafic arrive à Millau. Et même s’il ne relève pas des prérogatives de la police municipale, c’est un facteur clé inquiétant et aggravant. Preuve en est, les trois affaires successives dénouées par les forces de l’ordre (police et gendarmerie), vivement félicitées pour l’occasion.
Les précédents courriers avaient connu leur effet, puisqu’en 2022 les effectifs de police nationale avaient grimpé de six agents et en 2024 de deux agents. Mais compte tenu des départs en retraite, les effectifs restent très contraints.
Côté police municipale, ce sont quatorze agents et quatre ASVP en charge du stationnement qui devraient être renforcés.
« Au niveau national, il y a 35.000 départs à la retraite de policiers, et seulement 25.000 recrutements, explique Jean-Claude Benoit, adjoint à la sécurité. Il y a aussi un phénomène de concurrence entre les villes qui explique nos difficultés à recruter. »
Des chiffres bons, mais un besoin de rester vigilant
Côté chiffres, la maire de Millau les suit mensuellement en réunion de sécurité avec la sous-préfète et les différentes forces de l’ordre. « Je suis consciente que les chiffres de Millau ne font pas de nous une priorité au niveau national. Il n’y a aucune dégradation des chiffres de la délinquance localement, mais notre situation en ruralité doit alerter. L’État doit nous donner des moyens pour garantir la sécurité publique. Je veux me battre pour maintenir notre tranquillité par tous les moyens. »
Un certain nombre de mesures prises depuis 2022 portent leurs fruits. La réorganisation des services de la police municipale notamment, permet une disponibilité de service de 6h45 à 22h l’été, six jours sur sept. Une présence accrue sur le terrain qui plaît et s’avère efficace.
Parmi les évolutions à venir, en cours de discussion entre polices, le délicat sujet du déport du Centre de Supervision Urbaine (CSU) de la police municipale au commissariat de police nationale, lorsque le premier est fermé, afin de garantir une continuité de service, et d’efficacité le soir en semaine et les week-ends.
Autres mesures prises qui ont démontré leur efficacité : les arrêtés municipaux de 2021 interdisant la vente d’alcool aux commerces après 21h, de 2022 interdisant l’ivresse sur la voie publique, la consommation d’alcool et les troubles et de 2024 interdisant la vente de protoxyde d’azote.

Un travail de fonds et du quotidien
Voie publique, stationnement, salubrité publique, CLSPD, permis de louer, maltraitances animales, la police municipale est sur tous les fronts, parce qu’il y en a besoin, et la maire de Millau veut le faire savoir.
« On a réussi à faire diminuer de 20 km/h la vitesse moyenne en ville, mais on a encore des zones où la vitesse reste excessive. On va intervenir (NDLR : zone du Crès, avenue Charles de Gaulle). Concernant le bruit des deux roues motorisées, les habitants rencontrés lors des réunions de quartier nous disent que ça va mieux ». Avec deux contrôles hebdomadaires et une opération spéciale conjointe municipale/nationale par mois, force est de constater que là aussi les efforts paient.
L’arrivée de cinq nouvelles caméras a été confirmée : celle du Voultre sera remplacée, une au rond-point du collège, une au parc de sports, une rue de la Capelle (côté Sablons) et une dans le milieu de la rue du Mandarous seront bientôt installées et compléteront le dispositif actuel pour le porter à 52.
À titre d’exemple sur l’utilité de la police municipale, ce vendredi matin, jour de marché, ce sont six véhicules qui ont dû être mis en fourrière. Cela porte à 257 le nombre de mises en fourrière depuis le début de l’année 2025, s’ajoutent à cela 39 destructions de véhicules épaves.
Tout cela contribue de la tranquillité publique pour laquelle Emmanuelle Gazel a voulu démontrer qu’elle était bien active.
Le courrier d’Emmanuelle Gazel au ministre de l’Intérieur
Millau, le 28 novembre 2025
Monsieur le Ministre,
Au lendemain des événements dramatiques de Marseille et Grenoble, je souhaite attirer votre attention sur la situation du Commissariat de Millau, comme j’ai pu le faire avec votre prédécesseur par courrier en date du 7 octobre 2024.
Je tiens, avant toute chose, à exprimer toute ma reconnaissance envers les agents du Commissariat, ainsi qu’à la Brigade de Gendarmerie de Millau, pour le travail remarquable qu’ils accomplissent quotidiennement et pour les démantèlements récents de trois réseaux de stupéfiants sur notre commune. Ces opérations témoignent de leur engagement et de leur professionnalisme mais aussi de la réalité d’un phénomène qui touche désormais notre ville tout comme la plupart les villes moyennes et les zones rurales.
Dans ce contexte, je souhaite vous alerter sur la nécessité de renforcer les moyens humains et matériel du Commissariat de Millau. C’est la troisième fois depuis le début du mandat que je m’adresse aux Ministres de l’Intérieur pour que nos effectifs soient pourvus et malgré l’obtention de six agents en 2021 et de deux agents en 2025, la situation reste fragile.
En effet, l’effectif actuel ne permet pas à nos policiers d’assurer pleinement l’ensemble de leurs missions. L’absence de la Brigade anticriminalité depuis plusieurs mois constitue un manque particulièrement préjudiciable à la lutte contre le narcotrafic et les phénomènes connexes de délinquance. Le rétablissement de cette unité opérationnelle est indispensable.
En tant que Maire de Millau, malgré les contraintes financières, j’ai fait le choix avec mon équipe de renforcer nos efforts en matière de sécurité publique. Notre Contrat Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CLSPD) qui est très actif et efficace, déploie des actions concrètes avec l’ensemble des partenaires (forces de l’ordre, justice, services sociaux, bailleur sociaux…) pour prévenir et traiter les problématiques liées à la petite et moyenne délinquance.
Ces derniers mois, nous avons renforcé notre police municipale avec le recrutement de deux agents et nous allons prochainement déployer quatre nouvelles caméras de vidéoprotection portant leur nombre total à 52.
Soucieuse d’améliorer encore la coordination entre les forces de sécurité de l’État et la police municipale, nous souhaitons également permettre le déport des images vers le Commissariat de Millau durant la nuit, afin d’optimiser la capacité d’intervention en temps réel.
Vous le voyez Monsieur le Ministre, notre engagement est fort. Mais nous ne pourrons pas endiguer ce phénomène par nos seuls efforts. Nous avons besoin, et je vous le demande de façon solennelle, d’un engagement fort de l’État pour que les moyens humains et opérationnels du Commissariat de Millau soient renforcés dans les meilleurs délais et que la Brigade anticriminalité soit rétablie, conditions indispensables pour lutter efficacement et durablement contre un narcotrafic qui se structure et se développe désormais ici aussi.
Mon objectif est clair : éviter que le bien-être et la qualité de vie dans notre ville ne se dégrade et garantir à nos concitoyens la sécurité et la tranquillité au quotidien qu’ils sont en droit d’attendre partout en France, y compris en milieu rural.
Je me tiens naturellement à votre disposition pour échanger plus en détail sur la situation locale ou pour vous accueillir lors d’une visite de terrain.
Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de ma haute considération.
Bien cordialement,
Emmanuelle GAZEL
Maire de Millau
Conseillère Régionale Occitanie–Pyrénées / Méditerranée


