Millau Grands Causses : La Com’Com maintient le cap dans la tempête financière

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Jeudi 4 décembre, Emmanuelle Gazel, présidente de la Communauté de communes Millau Grands Causses, et Régis Cartayrade, conseiller délégué aux finances, ont livré une analyse sans fard de la situation à l’occasion de la présentation du Débat d’Orientation Budgétaire 2026 en conseil communautaire. Face à un contexte national qu’il qualifie de « contraint et fragile », l’exécutif intercommunal doit composer pour présenter un budget 2026, avec des recettes en berne et des charges contraintes pour préserver sa capacité d’investissement.

« C’est un contexte qui est à la fois très contraint et puis aussi très fragile », a d’emblée posé Emmanuelle Gazel. Si la collectivité a l’habitude des exercices d’équilibriste, ce budget se distingue par la violence des vents contraires. Entre la participation au redressement des comptes publics imposée par l’État et une croissance économique en berne, l’intercommunalité subit ce que les techniciens appellent « l’effet ciseau » : des recettes réelles en baisse de 0,39 % pour des dépenses qui progressent mécaniquement de près de 1 %.

Emmanuelle Gazel n’a pas caché que cette conjoncture pèse lourdement sur les capacités financières de la structure. L’épargne nette, véritable poumon de l’investissement, devrait chuter aux alentours de 220 000 euros pour l’exercice à venir, dégradant la capacité de désendettement au-delà de la barre symbolique des dix ans. « Sans les mesures imposées par l’État, nous aurions atteint notre objectif d’être en dessous des neuf ans », a regretté l’élue, pointant du doigt les facteurs exogènes qui viennent percuter une gestion locale pourtant rigoureuse.

Le paradoxe du complexe sportif

Dossier brûlant du mandat, le Complexe sportif cristallise ces tensions budgétaires. S’il représente une charge de fonctionnement annuelle d’environ 1,5 million d’euros (1,3 million d’entretien et maintenance + 150 000 d’intérêts d’emprunts), « financés par les économies réalisées depuis le début du mandat » assure la présidente, l’équipement réserve toutefois une excellente surprise sur le plan environnemental. « On consomme beaucoup moins d’énergie que ce qu’on avait imaginé,même moins qu’au temps de la vieille piscine », s’est-elle réjouie, confirmant que le choix de la géothermie s’avère payant avec une consommation réelle de 1.5 MWH divisée par deux par rapport aux estimations initiales de 4 MWH.

Pourtant, la facture globale augmentera de 150 000 € en 2026, « soit quasiment la moitié de notre capacité d’investissement », souligne Emmanuelle Gazel, en rappelant que « sur un budget total de 22 M€, plus de 9 M€ restent à la charge de la Communauté ». Cette hausse s’explique par un contrat global de performance signé avec SOCOTRAP et Idex, « établi sur des estimations de consommation », ainsi que par une erreur d’appréciation portant sur les moyens humains : «Nous sommes un peu en colère contre notre assistant à maîtrise d’ouvrage, car l’écart est important », confie-t-elle sans détour.

Un avenant devra donc être voté afin de « prendre en compte cette réalité des consommations pour disposer d’un objectif correct, et non démesuré », indexer les prix prévus au contrat et intégrer « les moyens humains nécessaires à la maintenance et à la présence pour pouvoir gérer les dysfonctionnements de l’équipement ».

Vers une baisse de la fiscalité déchets

C’est la note d’espoir de ce débat budgétaire. L’exécutif envisage sérieusement une diminution du taux de la Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères (TEOM) pour 2026. Cette marge de manœuvre est rendue possible grâce à une meilleure gestion des déchets (compostage, tri) dont découle une baisse des tonnages et à la mise en place effective de la redevance spéciale pour les professionnels. Pour la présidente, il s’agirait d’un signal politique fort envoyé aux habitants : « Souvent les gens nous disent : « il faut toujours trier de plus en plus, mais on paye toujours de plus en plus ». Là, ce serait davantage pédagogique et leur montrer que les efforts sont payants ». Elle y voit une opportunité de « redonner du sens à l’impôt » en corrélant directement la baisse de la facture aux gestes vertueux des citoyens.

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Une « année blanche » pour l’investissement

Malgré ces ajustements, l’année 2026 s’annonce complexe pour les nouveaux projets. En raison d’une réforme du mécanisme de récupération de la TVA (FCTVA), la trésorerie de la collectivité subira une « année blanche » de recettes sur ce poste. Avec une capacité d’investissement limitée à environ 2 millions d’euros pour 2,5 millions de projets identifiés, des arbitrages seront inévitables d’ici le vote du budget.

Pour autant, la majorité entend déployer sa politique et sanctuariser ses priorités : le développement des mobilités pour tous et en faveur de l’environnement, avec notamment le succès naissant du covoiturage (Mio-covoit), bientôt étendu aux particuliers, le maintien de la gratuité des transports urbains, ainsi que la rénovation de l’habitat, malgré les incertitudes liées aux dispositifs d’aide, et la sécurisation de la ressource en eau. « On subit, on ne peut pas anticiper, amis nous restons mobilisés », a assuré Emmanuelle Gazel, déterminée à poursuivre ses objectifs pour le territoire, malgré une météo financière des plus incertaines.

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