Millau. « Cyclamen : quand l’aveuglement ou le déni deviennent une ligne politique »

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Dans cette tribune, Karine Haumaitre, élue d’opposition, interpelle les responsables publics sur le projet d’implantation de la société Cyclamen à Millau.

« Je vais me répéter, mais cela devient nécessaire tant la situation est ahurissante et l’aveuglement sidérant. Nous déroulons aujourd’hui le tapis rouge, avec une déférence quasi révérencieuse, à un industriel qui cumule mises en demeure préfectorales, manquements environnementaux constatés par l’État et désaveu récent de la justice administrative sur son discours d’innovation. Et cela sans que ça ne fasse sourciller qui que ce soit. En tout cas pas nos autorités locales ni certains soutiens se revendiquant écologistes. Face à des faits aussi clairs, l’absence de réaction, ou une réaction plus que tiède, interroge lourdement.

Ouvrez les yeux : la société Cyclamen, ce n’est pas seulement le récit bien huilé du « pionnier vert » diffusé à longueur de communiqués. C’est aussi, et surtout aujourd’hui, un exploitant placé sous deux mises en demeure préfectorales sur son site mosellan, après des inspections ayant relevé des manquements, au moment même où se préparait son implantation à Millau. Ce n’est pas du fantasme, c’est la réalité. Dans le même temps, c’est aussi un exploitant à l’égard duquel la justice administrative vient de rendre un arrêt sans ambiguïté. En effet par une décision de début décembre 2025, la cour administrative d’appel de Toulouse a confirmé le rejet définitif de la demande de crédit d’impôt recherche (CIR) déposée par Cyclamen pour ses travaux présentés comme de la recherche et développement. Les juges y voient essentiellement des réglages techniques sur un outil existant, sans innovation scientifique substantielle. Autrement dit : beaucoup de discours sur la « recherche », mais pas assez de contenu pour convaincre des magistrats spécialisés d’accorder le CIR. Le discours d’excellence technologique s’effondre face aux faits. Ce ne sont pas des « énormités » se sont les faits… et la série n’est pas exhaustive…

Face à cela, légitimement, des réserves et des doutes s’expriment, des craintes d’habitants, d’associations et d’élus émergent. Et pour autant, il y a une absence d’initiative sérieuse engagée pour rassurer. Rien qui témoigne d’une volonté de répondre sereinement aux inquiétudes. Une bien singulière manière d’exercer un mandat et d’assumer les responsabilités qui en découlent. Cela inquiète plus que cela n’apaise. Ah si, pardon, il y a bien eu une volonté d’apaisement, avec un geste. Un geste ayant pour vocation de rassurer tout le monde : faire intervenir l’industriel lui-même dans toutes les instances pour qu’il nous rassure collectivement… Chacun appréciera la portée de cet exercice, tant il est évident qu’un industriel ne peut, par nature, que défendre la fiabilité de son projet… Et puis, bien sûr, on brandit aussi le contre-argument imparable : le 12 novembre, la préfecture a signé un arrêté autorisant l’implantation de Cyclamen à Millau. Mais il s’agit d’un simple enregistrement ICPE, la procédure la plus légère du droit des installations classées, fondée sur un dossier essentiellement déclaratif… de… l’industriel ! Cet arrêté n’est ni un blanc-seing ni un certificat d’exemplarité environnementale. Le brandir comme un quitus définitif ainsi que  l’argument consistant à dire : « ce n’est pas parce qu’il ne fait pas les choses correctement en Moselle qu’il en sera de même à Millau, nous y serons vigilants » est-il vraiment sérieux ? La réponse est clairement non. Cet arrêté, ce chèque en blanc, n’est pas recevable. Dire que l’on sera vigilant après n’a aucun sens : quand tout sera en place, il sera trop tard.

Le tableau est désormais limpide. On se retrouve face à un double signal parfaitement clair : d’un côté, l’actualité de Cyclamen : l’État met formellement l’exploitant en demeure de se mettre en conformité sur le plan environnemental. La justice fiscale démonte un récit d’hyper-innovation trop généreusement enjolivé. Et de l’autre, malgré cela, Région, communauté de communes et majorité municipale continuent de soutenir le projet sans condition nouvelle, sans arrêté complémentaire contraignant, sans garanties renforcées pour les habitants, comme si l’enregistrement du 12 novembre et la communication suffisaient à effacer un passif peu reluisant de mises en demeure et de décisions de justice. 

Alors aujourd’hui , la question n’est plus celle de l’optimisme ou de la confiance, ni de savoir si Cyclamen est un beau projet sur le papier. Elle est celle de la responsabilité. Dites-moi, à partir de quand le refus de voir devient-il une faute politique ? À partir de quand l’enthousiasme se transforme-t-il en pari risqué engagé à l’aveugle au nom des Millavois, sans leur consentement éclairé, sans ne leur avoir jamais donné l’ensemble des cartes ? La responsabilité, ce n’est pas rassurer à tout prix et faire des promesses. C’est protéger, même quand cela dérange et  contrarie les plans. Chers représentants et autorités la seule vraie question est simple   : quelles initiatives concrètes envisagez-vous aujourd’hui pour démontrer que vous n’ignorez pas  les faits établis et les inquiétudes exprimées ? Quelles mesures prenez-vous aujourd’hui ? Que direz-vous et que ferez-vous demain concrètement si vous maintenez votre position et que des manquements apparaissent tout comme en Moselle?  La vigilance invoquée pour demain n’empêchera rien.

Je ne conteste ni l’intérêt d’une filière de recyclage ni la création d’emplois. Mais lorsqu’un projet accumule les signaux d’alerte, continuer comme si de rien n’était, c’est une forme de renoncement face à la réalité peu rassurante. »

Karine Haumaitre, élue d’opposition


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