Karine Haumaitre : « Millau pour Vous… Vraiment ? »

Millavois.com
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Dans cette tribune, Karine Haumaitre, élue d’opposition, dénonce ce qu’elle considère comme une contradiction grave entre les valeurs affichées et les décisions engagées, et appelle à un sursaut de responsabilité au nom des Millavois.

« Millau pour Vous » : le slogan est rassurant. Il promet l’attention aux habitants, la protection de leur santé, de leur cadre de vie, de leur avenir. Sur le papier, tout sonne juste. Pourtant, au même moment, la maire sortante, candidate sous la liste « Millau pour Vous », invoquant valeurs humaines, transparence, protection du territoire et exemplarité publique, engage avec un enthousiasme non dissimulé, et pour le moins déconcertant, Millau et son territoire dans un projet porté par un industriel au pédigrée lourd, documenté, et encore aujourd’hui sous mises en demeure préfectorales en Moselle.

Comment ne pas y voir un paradoxe grave ? Madame la Maire, de quoi, exactement, faudrait-il se réjouir ? D’un exploitant déjà mis en demeure ailleurs ? De non-conformités environnementales lourdes et persistantes ? D’une innovation prétendue, mais désavouée par la justice ? D’un schéma entrepreneurial (Citron, Immark, Eegle) jalonné d’échecs, de contentieux et de remboursements d’aides publiques ? Est-ce vraiment ce CV que vous nous présentez comme une chance pour Millau ? Est-ce ce profil que vous jugez compatible avec vos valeurs ?

Ce qui frappe, et ce qui choque, c’est la déférence institutionnelle incompréhensible que vous accordez au projet Cyclamen. Mairie, Région et structures de développement économique parlent d’une seule voix, dans un enthousiasme parfaitement huilé, sans distance critique apparente, malgré des faits pourtant incontestables. Depuis septembre, l’exploitant est partout omniprésent. Intronisé comme une figure quasi messianique de l’industrie vertueuse et innovante. Son discours est repris tel quel. Ses promesses sont crues. Son récit centré exclusivement évidemment sur sa propre fiabilité est déployé dans toutes les instances, pendant que ses antécédents sont relativisés, requalifiés en simples « cartons jaunes », en « non-événements ». On nous parle d’un process propre, innovant, « sans poussière » sans problème.

On nous parle d’un pionnier vert. Mais ce dossier est connu. Les alertes existent. Elles sont publiques. Tout est écrit, vérifiable, accessible. Et les constats actuels de terrain sur le site mosellan de cette entreprise, photos et vidéos à l’appui, viennent quotidiennement renforcer ces alertes.

Soyez-en sûrs, la réalité raconte une tout autre histoire. Ce qui est dit n’est pas ce qui se passe. Pour autant, face à ces éléments, vous persistez. Vous minimisez. Vous fermez les yeux. Par légèreté ? Par omission ? Dans tous les cas, ce n’est pas acceptable. C’est une faute lourde. Ignorer ces éléments, dans l’état actuel des choses, n’est plus une maladresse ni un défaut d’information. C’est un véritable choix. Pour le justifier, votre réponse reste toujours la même : « Les autorités ont donné leur accord », « je fais confiance aux services de l’État », « tout est conforme ». Mais ces formules suffisent-elles à effacer un CV inquiétant ? Effacent-elles des échecs documentés? Exonèrent-elles une élue, au moment même où elle sollicite un nouveau mandat, de sa responsabilité première de protéger la population ? Évidemment que non.

Et puis permettez-moi de souligner que cette confiance que vous mettez dans les services de l’État apparaît singulièrement sélective. Vous invoquez l’État et lui faites confiance lorsqu’il autorise, ici, mais l’ignorez ou le minimisez lorsqu’il alerte sur les mêmes acteurs en Moselle ou ailleurs. Pourquoi ? À l’heure où vous demandez la reconduction de la confiance des électeurs, sachez que les Millavois ne demandent pas la lune. Ils demandent que leur territoire soit traité avec sérieux : pas de tapis rouge pour les habitués des rappels à l’ordre, pas de confiance aveugle ni d’indulgence envers ceux qui ont déjà failli et qui faillissent encore, pas de banalisation publique de l’illégalité environnementale.

Aller à l’encontre de cela, persister, minimiser, c’est assumer une prise de position consciente, engagée au nom des Millavois. C’est problématique et il faudra en répondre, car il y a des décisions que les habitants de ce territoire ne veulent pas voir prises ni en leur nom ni pour eux avec autant de légèreté. Et c’est une erreur d’appréciation que chacun saura juger.

Madame la Maire, au vu des faits désormais connus, des alertes documentées, des antécédents persistez-vous à défendre ce projet en assumant que les conséquences constatées ailleurs, partout où Cyclamen et son schéma entrepreneurial sont passés, sont acceptables et bénéfiques pour Millau et son territoire ?

Karine Haumaitre, élue d’opposition


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