Vendredi 16 janvier, des agriculteurs de la FDSEA Aveyron et des Jeunes Agriculteurs (JA) Aveyron ont mené une action symbolique au péage du Viaduc de Millau pour alerter les consommateurs et les pouvoirs publics sur les conséquences de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur.
Avant de se rendre au péage, les agriculteurs de la FNSEA Aveyron et des Jeunes Agriculteurs Aveyron ont commencé leur mobilisation par une photo avec en toile de fond le viaduc de Millau. Le petit cortège de tracteurs s’est ensuite dirigé vers le péage pour une opération de contrôle symbolique.


« Les agriculteurs et agricultrices français n’ont pas dit leur dernier mot concernant l’accord UE-Mercosur. Un combat démocratique commence », déclaraient les membres des syndicats. Sur place, Germain Albespy, secrétaire général de la FDSEA, rappelait une campagne menée il y a quelques années : « N’importons pas l’alimentation que nous ne voulons pas », un sloggan on ne peut plus d’actualité avec l’accord Mercosur. En ligne de mire, des pratiques de production autorisées dans les pays sud-américains mais interdites en Europe. « Les hormones, les antibiotiques avec activateurs de croissance, tout un tas de méthodes pour élever les animaux que nous n’utilisons pas. Le consommateur n’en veut pas. Il n’y a donc aucune raison d’aller chercher ces produits pour les lui vendre », souligne-t-il.
Au-delà des méthodes de production, les syndicats dénoncent une distorsion de concurrence majeure. « Quand on produit dans ces conditions-là, forcément on produit 20, 25, voire 30 % moins cher. C’est une concurrence totalement déloyale pour les éleveurs européens », ajoute le responsable.
L’action du jour n’avait pas vocation à bloquer le trafic, mais à procéder à des contrôles symboliques des camions. Peu de poids lourds ont emprunté le péage ce jour-là. Certains conducteurs ont refusé de s’arrêter, d’autres ont volontiers joué le jeu.

« L’objectif n’est pas d’emmerder les gens qui font leur métier, ni les routiers. Ce n’est pas notre rôle, insiste le syndicaliste. On regarde ce qui est transporté. Si ce n’est pas alimentaire, on laisse passer. Si ça l’est, on discute quelques minutes avec les chauffeurs. C’est avant tout symbolique pour faire comprendre au consommateur la situation du monde agricole et les menaces qui pèsent avec ce type d’accords. »
La viande bovine cristallise particulièrement les inquiétudes. L’accord prévoit un quota de 99 000 tonnes, le précédent quota existant était d’environ 50 000 tonnes. « Certains disent que rapporté à la consommation européenne, cela représente seulement 1,8 %. Mais on sait très bien, et on l’a vu par le passé avec la viande d’agneau, que ce genre de volume peut bousculer un marché et le faire chuter. Rien ne nous dit que dans trois ans, ce ne sera pas 100 000 tonnes de plus », alerte Germain Albespy.
Concernant la position officielle de la France, qui affirme par la voix d’Emmanuel Macron refuser de voter l’accord Mercosur, les représentants agricoles se montrent très sceptiques. « Il n’y a que les imbéciles qui croient ce genre de déclaration. Le vote ne se fera pas au niveau français. Il s’est fait plaisir en disant qu’il ne le signerait pas, mais de toute façon, ce n’est pas lui qui signe. C’est Ursula Von Der Leyen », lâche sans détour le responsable syndical.

À travers cette mobilisation, les agriculteurs entendent « mettre un coup de pression sur les pouvoirs publics ». « Il faut que l’État mette la pression à Bruxelles, puis que nos députés européens et français prennent leurs responsabilités. Ils doivent voir que sur le territoire, ça bouge, qu’on agit », expliquent-ils. Selon les syndicats, un levier juridique existe encore : la saisine de la Cour de justice européenne pour bloquer l’accord. « Aujourd’hui, l’équilibre des voix pour saisir la Cour se jouerait à une quinzaine de voix, dans un sens ou dans l’autre », concluent-ils.
Une mobilisation symbolique, mais clairement assumée comme un premier acte d’un combat que les agriculteurs aveyronnais annoncent prêt à durcir si nécessaire.












