Manifestations agricoles : pour Léon Maillé, « le deux poids, deux mesures de l’État »

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Lors des événements du 8 mars 2023.

Des premières mobilisations du Larzac aux récentes manifestations agricoles, Léon Maillé revient dans cette tribune intitulée « N’oublions pas… » sur un demi-siècle de luttes paysannes et dénonce le poids grandissant de la FNSEA, devenue selon lui un « État dans l’État », au détriment d’un autre modèle agricole.

« Ces temps-ci, qui n’a pas entendu parler des manifestations paysannes en tracteur ?

Souvenons-nous que le Larzac fut un précurseur en la matière. Il y a 53 ans, le 7 janvier 1973, une colonne de 25 tracteurs — bien moins confortables et moitié moins rapides qu’aujourd’hui — s’élançait vers Paris en six étapes. Le 14 juillet précédent, un galop d’essai avait déjà eu lieu, avec 70 tracteurs effectuant un aller-retour Larzac–Rodez.

Déjà, on avait pu constater le double jeu de la FNSEA : si elle nous avait soutenus tout au long de la montée jusqu’à Orléans pour la dernière étape, elle nous a laissés tomber lorsque les CRS nous ont barré la route.

C’est alors en petit tracteur local, avec les paysans-travailleurs (devenus depuis la Confédération paysanne), et en voiture, que le Larzac est finalement arrivé à Jussieu. C’est aussi ce qui a suscité, six mois plus tard, le premier grand rassemblement du Larzac, en 1973, au Rajal del Gorp.

Aujourd’hui, chacun a pu constater la mansuétude de l’État à l’égard de la FNSEA. Lorsque cette dernière, doublée par d’autres groupes d’agriculteurs syndiqués (CR, Conf ou autres), a eu besoin de « se refaire » une image à coups de symboles devant l’Assemblée nationale, la police a escorté bien gentiment les tracteurs dans Paris jusqu’au Palais-Bourbon — tout juste s’ils n’ont pas eu droit au café et aux croissants au petit matin.

Idem localement, lorsque la FDSEA s’est approchée du viaduc de Millau : tout s’est fait en douceur.

Mais quand c’est la Confédération paysanne, comme le 8 mars 2023, l’ordre est donné aux gendarmes : « Dégagez-les ». Résultat : des flaques de sang ont maculé le bitume.

À l’évidence, « l’État n’aime pas la Conf, car elle est le seul syndicat à remettre en question le système ultralibéral », clamait l’un de ses responsables — sans même parler de l’accord Mercosur, qui ne fait qu’aggraver ce système.

La FNSEA est ainsi devenue un véritable État dans l’État. À la manière d’un trust, elle s’est mariée avec l’agroalimentaire et exerce une mainmise sur de nombreux organismes agricoles : coopératives, assurances, banques, chambres d’agriculture… Elle gère aussi bien des structures de transport que des filières de denrées alimentaires (huiles, farines, etc.), et même des produits phytosanitaires.

Il suffit de regarder sur YouTube les vidéos chocs de Philippe Grégoire, agriculteur bio et vice-président du Samu social agricole, pour comprendre les rouages de ce système et la trahison qu’il représente pour l’agriculture française.

Nous sommes bien loin du syndicat historique des petits paysans, dirigé par l’un des leurs, l’Aveyronnais Raymond Lacombe. C’était il y a plus d’un demi-siècle…

Léon Maillé


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