Faute de combattants et minée par des dissensions internes aux appareils politiques, la liste « Choisir Millau » ne sera pas sur la ligne de départ en mars prochain. François Martinez, Pierre-Alain Villaret et Guy Brahic, amers mais combatifs, renvoient dos à dos Emmanuelle Gazel et Christophe Saint-Pierre.
La rumeur enflait depuis quelques jours dans le landerneau politique millavois, elle est désormais officielle. Il n’y aura pas de troisième voie à la droite de la droite pour les élections municipales de mars 2026. L’Union des droites aveyronnaises, incarnée par la liste « Choisir Millau – Agir pour demain », ne déposera pas de bulletin dans l’urne.
C’est lors d’une conférence de presse au ton grave, ce mardi après-midi, que les têtes de pont du mouvement ont acté leur retrait. Une annonce faite non sans une certaine acidité envers le paysage médiatique et politique local. « Ce que l’on va vous annoncer aujourd’hui va permettre à toute la famille Baylet de sabrer le champagne », a lancé en préambule Guy Brahic, ex-responsable de Reconquête converti à l’UDR d’Éric Ciotti, ciblant directement le groupe de presse régional.
« On n’a pas été bons »
Pourquoi ce renoncement à quelques semaines du scrutin ? Officiellement, le groupe dénonce une « stigmatisation organisée » et un « système politique verrouillé ». Mais l’arithmétique électorale est implacable : la liste n’est pas complète. Il manquerait une dizaine de noms, notamment « des dames, des jeunes et des Millavois de souche », concède l’équipe.
Dans un moment de lucidité rare en politique, Guy Brahic a livré un mea-culpa sans fard : « On n’a pas été bons. On a mal communiqué. » Il décrit la difficulté de trouver 35 colistiers dans une ville où « tout le monde a intérêt à ne pas se fâcher avec la mairie ».
Autour de lui, François Martinez (ancien adjoint au RN) et Pierre-Alain Villaret (ex-Reconquête) complètent le tableau d’une droite « hors murs » qui a peiné à transformer l’essai des réseaux sociaux à la réalité du terrain.
Lâchés par les appareils
Au-delà des difficultés de casting, c’est le sentiment d’abandon par leurs propres familles politiques qui domine. Les responsables locaux pointent du doigt les fédérations départementales du Rassemblement National et de l’UDR.
« Lorsque j’ai commencé à parler de l’Union des Droites, j’ai tout de suite été court-circuité », regrette François Martinez, expliquant son départ de la fédération RN après l’arrivée de Sarah Horváth.
Le constat est amer : malgré le potentiel électoral — rappelé par les quelque 3 400 voix obtenues par le RN lors des dernières législatives sur la ville — les instances départementales ont « choisi l’absence ». « L’Aveyron n’est pas une priorité pour ces mouvements », tranche Guy Brahic.
« Bonnet blanc et blanc bonnet »
La conséquence immédiate de ce retrait est la simplification du duel à venir. Seules deux listes restent pour le moment en lice : celle de la maire sortante, Emmanuelle Gazel, et celle de l’opposant Christophe Saint-Pierre. Mais n’attendez pas de consigne de vote en faveur de ce dernier. Guy Brahic assure avoir tenté de négocier pendant deux ans avec l’ancien maire pour intégrer des membres de la « vraie droite », essuyant un « refus obstiné ».
Pour l’Union des droites, le choix est donc fait : ce sera le vote blanc. « Nous ne soutiendrons jamais ni une liste ni une autre. Pour nous, c’est bonnet blanc et blanc bonnet », martèle Guy Brahic, qualifiant les deux têtes de liste de candidats « Macron-compatibles » et d’ « édiles professionnels ».
Le collectif entend faire du vote blanc un marqueur politique, une façon de mesurer la « colère des gens qui ne sont pas représentés ».
Le combat continue « autrement »
Si la liste disparaît, le groupe promet de ne pas s’évaporer. Le communiqué diffusé la veille dessine les contours d’un groupe de pression. Sécurité, narcotrafic, paupérisation du centre-ville et défense de l’industrie (avec un soutien affiché au projet Cyclamen contre les « écolos militants ») resteront leurs chevaux de bataille.
« Les Millavois jugeront. Et nous, nous en tirerons les leçons », concluent les militants. À quelques semaines du scrutin, la campagne municipale millavoise se résume donc, pour l’heure, à deux listes officiellement déclarées. Et à une Union des droites qui, faute d’unité et de relais, choisit de s’effacer tout en promettant de continuer le combat… sans doute vers d’autres échéances moins locales.
Ils ont dit
Guy Brahic : « On n’a pas été bons. On a mal communiqué. Ça fait deux ans que j’essaie de négocier avec Christophe Saint-Pierre pour qu’il intègre des membres de la vraie droite dans sa liste, il a obstinément refusé. Il faut quand même être conscient que les deux listes seront quasiment sans étiquette. Tout le monde se planque aujourd’hui. Le système politique pour ce qui concerne les municipales est totalement verrouillé. Trouver 35 personnes engagées politiquement et compétentes, c’est difficile à trouver dans une ville comme Millau. Ceux qui arrivent à les trouver sont des gens qui ratissent très large. Et j’aimerais bien connaitre les compétences des vingt derniers membres des deux listes qui vont se présenter… Les deux listes qui vont se présenter sont des professionnels de la politique qui ont besoin de cet éclat public, de cet argent public pour exister, ce qui n’est pas notre cas. Nous on travaille pour nos convictions, pas pour une rémunération. Aujourd’hui on sait que le système est bouclé, tant du côté des instances que sur le plan médiatique avec la maison Baylet, totalement opposée à quelque liste de droite. »


