Opinion. « Vœux institutionnels : la boussole publique s’alignerait-elle sur l’intérêt de Cyclamen ? »

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© Aurélien Trompeau

Le projet industriel Cyclamen fait l’objet de débats publics depuis plusieurs mois. Dans cet article d’opinion, le collectif Vigilance Environnement Millau soulève les questions soulevées par ce dossier et la manière dont selon lui il a été évoqué lors de la cérémonie des vœux de la Communauté de communes Millau Grands causses.

« Il fut un temps où les vœux institutionnels servaient à célébrer l’année à venir, honorer ceux qui le méritent, les engagements tenus et à dresser un état des lieux du territoire. À Creissels, lors des vœux de la Communauté de communes, ils ont aussi servi à faire la promotion d’un industriel. Pas par une allusion factuelle neutre prudente, par une mise à distance institutionnelle. Mais par une tirade dithyrambique sans nuance du directeur général des services, appuyée ensuite par la présidente de la communauté de communes.

Un discours qui s’est mué le temps d’un moment en tribune pour un projet controversé, mais toujours autant sanctuarisé… nous n’étions plus face à des élus et à une administration, mais face à des lobbyistes disqualifiant délibérément toute voix discordante. Le message était limpide un brin provoquant et visé : l’État valide, les règles sont respectées, tout est conforme. Circulez.

Deux questions s’imposent alors, calmement, mais fermement : face à ce dossier, quelle est votre boussole ? Et surtout, qui a parlé, et au nom de qui ? Votre boussole protège-t-elle encore réellement le territoire et ses habitants, ou s’obstine-t-elle à guider un projet coûte que coûte, au point de vous faire perdre toute lucidité ? Vous vantez dans un même discours le débat et l’écoute, tout en expliquant que questionner serait excessif, douter caricatural, et chercher l’information et la traiter comme telle… stupide.

Votre objectif est-il vraiment de nous faire croire qu’un industriel déjà sous mises en demeure préfectorales et porteur d’un passif entrepreneurial calamiteux mériterait la même confiance qu’un premier communiant ? À ce stade, ce n’est plus de la naïveté. C’est un parti pris plus que discutable. Et que dire de cette comparaison grotesque avec l’agriculteur bio, à qui, selon vous, personne ne songerait à demander autant de comptes en lui demandant de prouver qu’il est bio… ? Et si… lui doit prouver sa probité, garantir sa conformité chaque jour via des organismes certificateurs et des contrôles annuels inopinés sous peine de sanctions immédiates.

Vous osez par cette manœuvre cynique accabler ceux qui exigent la rigueur pour le dossier Cyclamen, en disant que l’exigence réclamée serait disproportionnée, deviendrait une injustice, un traitement non égalitaire proche de l’acharnement injustifié alors même que selon vous cet industriel se verrait déjà imposer des contrôles « au-delà du cadre légal ». Vous traitez donc ce dossier comme s’il était ordinaire. Comme si Cyclamen était une victime à qui on imposerait trop. Non. Ce dossier n’est pas ordinaire et nier cette réalité est une faute grave.

Puis juste après l’intervention de l’association Vigilance Environnement Millau présente pour manifester ses craintes vous avez osé « le chantage » aux emplois et à l’attractivité « Si le recours juridique que vous engagez aboutit, qui assumera les 60 à 90 emplois perdus et les 150 000 € de recettes fiscales envolées ? ».

Quelle inversion accusatoire nauséabonde ! L’industriel est adoubé sans réserve, ne doit pas rendre de compte ou si peu tandis que les habitants devraient enfouir leurs inquiétudes sous peine d’être tenus responsables d’un échec économique. Les promesses d’embauches et l’attractivité deviennent des bâillons parfaits. Bien joué. Cela fonctionne. C’est devenu la formule magique qui marche sur ceux qui veulent y croire.

Voilà la mécanique infernale à laquelle nous assistons : séduire, discréditer, et désigner les récalcitrants comme les futurs coupables du déclin économique du territoire. Depuis le début et encore plus depuis jeudi, la question demeure, intacte, implacable : dans ce dossier, quelle est donc votre boussole ? On peut se tromper de projet. Cela relève de l’erreur. En revanche, se tromper de boussole en préférant protéger un industriel plutôt que la sérénité du territoire relève d’une faute majeure ».

Association Vigilance Environnement Millau (VEM)

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