À Millau, l’expérience qui a remis des produits de qualité dans les assiettes des plus fragiles

Yannick Périé
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Debout, Audrey Puechbroussoux (Parc des Grands Causses), animatrice de la présentation © Millavois.com

Jeudi 29 janvier dans les locaux du Parc naturel régional des Grands Causses, élus, producteurs, associations d’aide alimentaire et partenaires institutionnels se sont retrouvés pour dresser le bilan d’une initiative qui aura marqué le territoire : l’expérimentation « Mieux manger pour tous ». Une rencontre animée par Audrey Puechbroussoux, en présence notamment d’Éric Fauconnier, directeur général adjoint du Parc, de Nadine Boisson, directrice du Jardin du Chayran, de représentants de la MSA, des Restos du Cœur, ainsi que d’agriculteurs impliqués dans le dispositif.

Rendre accessibles des produits locaux de qualité

Lancée dans le cadre du Projet alimentaire de territoire et du Contrat local de santé, l’expérimentation visait un double objectif : permettre aux personnes en situation de précarité d’accéder à des produits locaux de qualité tout en garantissant une juste rémunération aux producteurs.

Le diagnostic préalable avait mis en évidence une précarité alimentaire bien réelle, aussi présente en zone rurale qu’urbaine, mais souvent invisible faute de structures d’accompagnement suffisantes. En réponse, le Parc, en lien avec les épiceries sociales de Millau et de Saint-Affrique, a imaginé un dispositif intégrant légumes bio, œufs et viande fermière dans les circuits d’aide alimentaire.

Cinq tonnes de légumes bio et un engagement collectif

En un an, près de cinq tonnes de légumes biologiques ont été distribuées à environ 600 familles, à raison d’une livraison hebdomadaire. Huit producteurs locaux ont participé à l’opération, permettant de proposer une large diversité de produits et de soutenir l’agriculture du territoire : la Ferme de Bibies, la Ferme du Bousquet, le Gaec Ber Le Moël, le Gaec de Montredon, le Gaec Marty Lafon, Jean-Samuel Marty, Rémi Boutonnet et Sara Melki, aux côtés du Jardin du Chayran, également impliqué dans l’approvisionnement.

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© Millavois.com

Côté bénéficiaires, les distributions ont été assurées par les antennes locales des Restos du Cœur et du Secours populaire français, ainsi que par les épiceries sociales de Millau et de Saint-Affrique. Un maillage territorial qui a permis de toucher à la fois des publics urbains et ruraux, tout en valorisant les circuits courts.

« On est satisfaits qu’on ait pensé à nous », a confié l’un des agriculteurs présents lors de la rencontre, saluant « un travail fait en intelligence ». « Ça a du sens tout ça, je contribue, j’amène du sens à mon travail », a-t-il ajouté, soulignant l’importance de cette reconnaissance.

Même constat du côté de Nadine Boisson : « Tout le monde a dit oui spontanément, malgré le fait que l’enjeu économique n’était pas vraiment fort ». Au total, 16 500 euros ont été reversés aux producteurs engagés dans le volet légumes.

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Au premier plan, Nadine Boisson, directrice du Jardin du Chayran © Millavois.com

Œufs bio et viande fermière pour diversifier l’aide alimentaire

L’expérimentation a également permis l’intégration de 2 355 boîtes d’œufs bio dans les paniers solidaires, au bénéfice de 99 personnes, ainsi que la distribution de 125 kilos de viande fermière auprès de 22 foyers. Chaque lot s’accompagnait d’informations sur l’origine des produits et d’idées de recettes, afin d’encourager leur appropriation.

Du côté des bénéficiaires, « les retours ont été particulièrement positifs », a souligné Nadine Boisson, directrice du Jardin du Chayran, en relayant plusieurs témoignages recueillis au fil des distributions. « On n’avait pas mangé une viande aussi bonne depuis des années », lui ont ainsi confié certains participants. Un autre retour, a-t-elle ajouté, résume bien l’esprit de la démarche : « Je suis comme tout le monde, j’ai droit à de bons produits ».

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© Millavois.com

Au-delà de l’aspect alimentaire, 27 ateliers et animations ont été organisés autour de la cuisine et de la nutrition, réunissant plus de 300 participants. Ces temps d’échange ont permis de transmettre des conseils pratiques, de valoriser les produits locaux et de redonner confiance aux bénéficiaires.

Une dynamique freinée par le manque de financements

Malgré ces résultats jugés très encourageants par l’ensemble des partenaires, l’avenir du dispositif reste incertain. Faute de nouveaux financements, l’expérimentation a dû prendre fin.

« C’est dommage, maintenant qu’on est au point », a regretté avec le sourire une agricultrice présente lors de la conférence de presse. Une remarque qui résume le sentiment général : celui d’un projet porteur de sens, ayant su fédérer acteurs sociaux et agricoles, mais confronté à la réalité budgétaire.

Le Parc n’exclut toutefois pas de nouvelles initiatives à l’avenir, notamment en direction des zones rurales où la précarité alimentaire demeure encore largement méconnue.

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© Millavois.com
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