Projet Cyclamen à Millau : la rue dit non au discours du « tout est en règle »

Fanny Alméras
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Samedi 7 février, environ 180 personnes se sont rassemblées place de la Capelle pour manifester leur opposition au projet d’implantation de l’usine de recyclage de déchets Cyclamen, prévue sur la zone d’activités Millau Viaduc 2.

La marche citoyenne, organisée par la jeune association Vigilance Environnement Millau, visait à afficher une opposition massive et déterminée au projet Cyclamen. L’industriel spécialisé dans le recyclage des métaux non ferreux, souhaite implanter son second site français aux portes de Millau, avec le soutien de la municipalité en place, d’AD’OCC et de la Région Occitanie.

Dès l’annonce, Karine Haumaitre, élue d’opposition, a été la première à demander des précisions et à soulever des interrogations. En réponse, la majorité a opposé un discours de conformité administrative, assurant que « toutes les autorisations étaient accordées et que tout était en règle ». Dans son sillage, l’association Vigilance Environnement Millau s’est constituée, a grandi, et porte aujourd’hui un recours suspensif devant le tribunal administratif, ainsi que cette première mobilisation citoyenne.

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Le rendez-vous fixé à 15 heures a réuni des manifestants parfois peu habitués à descendre dans la rue, mais venus « pour ne pas laisser décider à leur place ». Dans les rangs, des citoyens, des riverains du projet, des élus, des personnalités politiques de tout bord, et même des colistiers des deux listes déjà en campagne. Parmi eux, José Bové, qui affiche une opposition nette au projet et confie ses inquiétudes.

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Avant le départ, une porte-parole a donné le ton, « être ici, c’est déjà refuser le fait accompli. ce projet ne doit pas être décidé sans nous. ce qui se joue n’est pas un simple dossier industriel, mais une manière de traiter un territoire et ceux qui y vivent. cyclamen en Moselle, ce sont des mises en demeure, des manquements répétés, une incapacité à se mettre en conformité. un passif lourd. nous n’en voulons pas ici. on nous demande de croire des promesses. nous demandons de vérifier les faits. nous ne sommes ni naïfs ni silencieux. nous voulons être entendus. » Le cortège a pris le départ d’un parcours qui a rendu visite à tous les acteurs du projet.

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Premier arrêt devant la Communauté de communes Millau Grands Causse

Devant le siège de la collectivité compétente en matière de déchets et de développement économique, le message est sans ambiguïté : « ce territoire n’est pas une zone blanche sur une carte. c’est un lieu de vie, façonné et protégé. Derrière le mot recyclage, il y a une réalité polluante. la qualité de vie ne se recycle pas. Ce projet a été conçu sans concertation, sans respect. Ce n’est pas seulement un projet industriel qui pose problème, c’est la démocratie locale qui est trahie. Ce territoire n’est pas à vendre. »

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Cyclamen s’invite dans la campagne municipale

Après un passage place du Mandarous, le cortège s’est rendu devant le local de campagne de Christophe Saint-Pierre, candidat aux élections municipales. Une lettre rédigée par Vigilance Environnement Millau et la Fédération des Grands Causses lui a été lue pointant du doigt : « une installation de traitement de résidus d’incinération, soumise à une procédure ICPE allégée, alors même que les matériaux concernés contiennent métaux lourds, particules fines et polluants persistants »… « Aucune étude d’impact environnemental approfondie. une consultation du public minimale. un site karstique où l’eau circule rapidement et alimente les sources de Millau… »

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Les deux associations lui ont rappelé le passif de Cyclamen en Moselle, selon elles, « 27 plaintes administratives, deux arrêtés préfectoraux de mise en demeure en 2023 et 2025, toujours non levés à ce jour. « nos inquiétudes sont légitimes. Il s’agit de santé publique, de qualité de vie, de protection de la population. nous demandons une réévaluation complète du projet, dans la transparence et le respect du droit. »

Christophe Saint-Pierre a confirmé sa position, « le principe de précaution doit prévaloir, tant que des zones d’ombre subsistent, tant que toutes les garanties ne sont pas apportées, aucune implantation ne peut être validée. Il faut des garanties absolues, a déclaré le candidat, notamment au regard de la proximité de la future cuisine centrale. Sans réponses claires du porteur de projet et de l’État, il ne peut y avoir d’engagement. »

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Devant la mairie, un message adressé à la maire de Milau

Devant l’hôtel de ville, Corine Mora, ancienne élue de la majorité, s’adresse directement à Emmanuelle Gazel : « la concertation disparaît dès qu’un dossier devient sensible. les habitants méritaient mieux qu’une consultation minimale. D’un côté, on a une cuisine centrale labellisée, un verger, un potager pédagogique, des terres agricoles bio. De l’autre, une usine traitant des déchets susceptibles de contenir plomb, arsenic, chrome, nickel. Du bio d’un côté, des métaux lourds de l’autre. Ce n’est pas une contradiction, c’est un non-sens politique et écologique ! Nous demandons un moratoire sur ce projet. aujourd’hui, nous marchons pour être entendus et nous ne lâcherons rien. »

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L’État interpellé devant la sous-préfecture

Devant la sous-préfecture, un ultime message est adressé à l’État, accusé de fermer les yeux :
« quand l’État s’allie aux industriels, c’est le peuple qui trinque. derrière les autorisations, il y a la pollution. Derrière le silence, des territoires sacrifiés. Nous ne demandons pas de communication. nous demandons la protection et la justice. Ce territoire n’est pas sacrifiable. cette population n’est pas négociable. »

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Quelques agriculteurs du territoire, directement concernés par l’implantation du projet, avaient pris part au rassemblement. Dans les bennes, du fumier resté sagement à sa place… un clin d’œil qui n’est pas sans rappeler la récente mobilisation des agriculteurs devant la sous-préfecture. « On le garde pour la prochaine manifestation », a glissé, avec une pointe d’humour, l’un d’eux, avant de confirmer que ce rendez-vous n’était pas un acte isolé. D’autres mobilisations sont déjà envisagées, avec très certainement le soutien annoncé des riverains du site de Moselle, désormais engagés dans une dynamique comparable à celle observée à Millau.

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À quelques mois des élections municipales, la mobilisation contre le projet Cyclamen prend de l’ampleur et s’impose déjà s’impose déjà comme un dossier sensible pour la maire candidate à sa réélection, mais aussi comme un sujet délicat à manier pour les autres prétendants, contraints aussi de composer entre prudence environnementale et attractivité économique.

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