Opinion. « Crédibilité démocratique : parlons-en vraiment »

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Karine Haumaitre © Millavois.com

Dans cette tribune adressée aux Millavois à quelques semaines des élections municipales, Karine Haumaître, élue d’opposition revient sur les démissions, les absences et le fonctionnement du mandat écoulé et invite les citoyens à se questionner sur le mandat à venir.

« Chers Millavois,

À quelques semaines des élections municipales, la majorité s’arroge le droit de distribuer des leçons de crédibilité démocratique. Soit. Mais alors, allons jusqu’au bout de l’exercice. Si la démission devient soudain le critère moral central du débat de la crédibilité démocratique elle doit être assumée pour ce qu’elle est : un fait malheureusement structurant et peu flatteur de ce mandat et examiner lucidement ce qu’elle révèle ainsi que les formes concrètes qu’elle prend à Millau.

Ainsi quelle crédibilité accorder à des élus officiellement en fonction, mais durablement absents de l’exercice réel de leur mandat ? Des sièges laissés vides en conseils et en commissions pendant des mois, parfois des années, tout en conservant statut, responsabilités et, pour certains, des indemnités.

Quelle crédibilité accorder à ceux qui prétendent avoir exercé leur mandat « à distance », parfois depuis l’étranger, sans siéger, sans débattre, sans rendre compte, et qui sollicitent aujourd’hui à nouveau votre confiance comme si cette absence n’avait jamais existé ? Quelle crédibilité accorder, enfin, à des élus, élus pour s’opposer, mais restés en place sans jamais s’opposer réellement ? Des élus qui n’ont ni porté la voix de leurs électeurs ni exercé le moindre contre-pouvoir, préférant glisser vers une opposition de façade. Présentée comme responsable ou vertueuse, cette posture n’a été qu’une neutralité confortable, faite de silences, d’absences répétées et d’arrangements discrets avec la majorité. Disons-le clairement : pour tous ces élus fantômes il s’agit là de véritables démissions silencieuses, plus graves encore que celles qui se sont assumées publiquement, parce qu’elles trompent l’électeur sans jamais se déclarer.

Un élu qui n’est ni présent, ni audible, ni comptable de ses positions n’exerce pas son mandat : il en conserve seulement le titre. Et ça, c’est dérangeant. Certes, chacun comprend que la vie impose parfois des difficultés et des contraintes. Mais lorsqu’une responsabilité publique ne peut plus être pleinement assumée dans la durée, la seule attitude respectueuse consiste à le dire clairement aux citoyens et à en tirer les conséquences. Tout le reste relève de l’esquive et de la dissimulation. C’est précisément là que la question de la crédibilité se pose avec le plus de force. Car la crédibilité se juge dans les faits et les faits sont têtus.

En 2020, tout comme aujourd’hui, la majorité sollicitait votre confiance sur la promesse d’une équipe solide et d’une méthode nouvelle. Pourtant, en trois ans, quatorze élus de la majorité ont démissionné. Quatorze. Ce n’est ni un hasard ni un accident. Certes, quitter un mandat est un acte grave, qui affaiblit la démocratie et la confiance. Mais ces départs ne tombent pas du ciel. Ils traduisent des dysfonctionnements profonds. Mais pour rester crédible, la majorité préfère raconter un récit plus confortable : celui d’un mandat « malmené » par des élus qualifiés de « traîtres » ou de « revanchards ». Un récit où toute critique devient trahison et où la responsabilité se dissout dans la victimisation. C’est commode. Mais ce n’est ni vrai ni sérieux.

Il faut le dire clairement aux Millavois : ce mandat n’a pas subi une crise, il l’a provoquée. En poussant ses propres élus dehors, en tolérant l’absence prolongée et en neutralisant toute opposition réelle, il a révélé un mode de gouvernance défaillant, incapable de rassembler, d’écouter au-delà de l’unanimisme et de gouverner autrement que par l’usure et le verrouillage. Alors oui, parlons de crédibilité. Mais parlons-en honnêtement.

Peut-on encore revendiquer ce mot quand un mandat fabrique autant de démissions visibles ou silencieuses ? Peut-on demander aux Millavois de renouveler leur confiance sur un récit tronqué, alors même que l’exercice du mandat a révélé tant de fragilités et de zones d’ombre ? Est-ce vraiment crédible ? À vous, Millavois, de juger si vous souhaitez reconduire cette réalité de mandat.

Et surtout demandez-vous : qu’est-ce qui garantit que rien ne recommencera, que la méthode changera réellement, alors même que la crédibilité démocratique a déjà été profondément entamée ? »

Karine Haumaitre, élue d’opposition

Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au média Millavois.com et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

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