Dans un texte paru sous la signature de M. Michel Durand (élu municipal sortant), il nous a été donné de lire une analyse de l’acte de démission auquel un élu peut toujours recourir au cours de son mandat. Parmi d’autres arguments spécieux, il est affirmé que démissionner, « c’est renoncer aux engagements pris devant les électeurs » et que vouloir provoquer l’interruption d’un mandat — en l’occurrence la démission de tout le conseil et le retour aux urnes — « n’a rien d’un acte de responsabilité démocratique » !
Deux affirmations pour le moins paradoxales. En effet, il est bon de rappeler à l’auteur de ces lignes que l’élu tient son mandat des électeurs et que retourner devant le suffrage universel est le fondement même de la démocratie. Les socialistes le disent lorsqu’ils demandent la démission du Président de la République et semblent l’oublier lorsqu’il s’agit du fonctionnement de la vie municipale à Millau. Cet oubli est particulièrement audacieux et trompeur vis-à-vis des électeurs. Un petit rappel en matière de démission sera donc utile à la clarté du débat.
Dès 2021, au sein de la liste Gazel, il y eut une première démission en la personne de M. Didier Daures, pour raisons personnelles. Puis, en avril 2022, ce sont trois élus qui quittent le conseil : M. Jallageas, Mmes Angelina Okome Ossouka Latorre et Martine Mananet. Ensuite, il y en eut « sept d’un coup » du groupe « Vraie Pluralité » qui, maltraités et marginalisés dans leur travail en commission, avaient demandé à être reçus par Mme Gazel et se sont vu refuser un entretien, justifiant ainsi leur départ, comme l’ont rapporté les médias à l’époque. Parmi ces démissionnaires, on note Mme Mora (2e adjointe), Mme Compan (4e adjointe), Mme Bachelet (6e adjointe), M. Grégoire, Mme Jouve, M. Laur et Mme Tarroux.
Onze départs depuis le début du mandat de Mme Gazel. De mémoire de Millavois, cela ne s’est jamais vu !
Après cette épidémie de démissions, il y eut l’arrivée des suivants sur la liste pour remplacer les partants. Certains ont refusé de siéger : les motivations de ceux qui partaient n’encourageaient guère ceux qui suivaient à venir dans cette galère. On les comprend. Puis, à son tour, M. Tulsa, qui avait accepté de siéger, n’a rempli sa fonction que pour une seule réunion du conseil municipal avant de démissionner lui aussi !
Dans cette liste de Mme Gazel, il faut également relever des élus non démissionnaires mais absents. M. Falcon n’a jamais été vu à la mairie : il se trouvait au Japon. Quant à Mme Guibert, depuis au moins deux ans, elle est à Tahiti. On comprendra combien ils ont pu être utiles à la gestion municipale !
Face à cette débandade, il était normal et nécessaire que les sept élus de l’opposition (et non treize) tentent d’obtenir le retour de cette équipe en déconfiture devant les électeurs. Après les départs successifs au sein de la majorité, les suivants sur la liste ont refusé de siéger. Mme Gazel a pu récupérer une élue de l’opposition qui, pour des motivations obscures, a accepté de rester afin de lui sauver son siège qu’elle redoutait de remettre en jeu. Si bien que, dans ce conseil, il y a plus de chaises vides que de fauteuils occupés.
Alors oui, M. Durand, la démission est un geste de démocratie. Celles et ceux qui ont quitté votre groupe ont expliqué que le comportement de Mme Gazel ne leur permettait pas de remplir leur mandat comme ils pensaient pouvoir le faire.
Ayant appris de cette tempête au sein de son équipe, Mme Gazel revient aujourd’hui devant les électeurs avec une liste de 37 noms pour 35 sièges. Elle a sans doute estimé prudent de prévoir deux roues de secours !
Avant de vouloir donner une leçon foireuse sur les démissions et la démocratie, M. Durand aurait peut-être dû se souvenir de ce vieux dicton qui conseille « de ne pas monter au mât de cocagne quand on a le fond de la chemise sale ».
Me Jean-Louis Esperce
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