Opinion. « Tragédie municipale : l’acte et le masque »

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En réaction à la tribune de Jean-Louis Esperce, Pierre-Paul Costecalde livre une lecture théâtrale et politique de la crise municipale de 2023.

La scène politique s’ouvre sur une transfiguration : une démission devient vertu proclamée, un calcul stratégique se drape en nécessité morale. Le spectateur lucide reconnaît ce mécanisme ancien où l’apparence s’efforce d’éclipser le fait. Quitter collectivement un mandat afin de provoquer une crise municipale n’a pourtant rien d’une révélation civique. C’est un instrument politique légal, conçu pour forcer une recomposition électorale. Michel Durand le rappelle sans détour : ces départs relevaient d’une stratégie assumée. Le fait demeure fixe pendant que le discours s’agite autour de lui.

La démocratie, elle, ne se nourrit pas de récits, mais de continuité. Une équipe élue pour gouverner suspend son propre ouvrage afin d’imposer un nouveau scrutin : chacun peut juger la hardiesse de ce choix. Mais présenter cette rupture comme une formalité bénigne exige un langage où les mots se détachent progressivement de la réalité qu’ils prétendent servir.

La tension s’aiguise lorsque les auteurs de cette interruption revendiquent aujourd’hui le rôle d’aménageurs de l’avenir. Le terme promet ordre et renaissance. Pourtant, on n’aménage solidement qu’un terrain que l’on a tenu. Quitter le chantier pour annoncer un plan neuf relève moins de la continuité que du changement de décor ; et nul décor, si grandiose soit-il, ne soutient une architecture abandonnée.

Autour de cette scène gravitent des soutiens politiques inscrits dans le jeu ordinaire des alliances locales. Rien d’exceptionnel. Mais soutenir qu’ils seraient sans portée politique supposerait qu’un drame puisse se jouer sans coulisses — illusion commode pour la fiction, fragile pour la cité.

Le cœur de la pièce demeure la confiance publique. Une démocratie adulte admet la stratégie ; elle résiste lorsqu’on la travestit en récit moral. L’électeur réclame la clarté des actes et de leurs effets, non une version adoucie où la tactique avance sous masque.

Voltaire rappelait que les faits possèdent une gravité que nul ornement ne dissout. Ceux-ci persistent : provoquer une crise municipale par la démission collective est un choix stratégique. Il peut être défendu ou contesté. Mais il ne devient pas, par la seule force de la mise en scène, une leçon de vertu.

Dans la lumière décroissante demeure une certitude : la démocratie se fortifie dans la lucidité et s’affaiblit chaque fois qu’elle préfère le spectacle au réel.

Voix du Chœur.


Rideau.

Pierre-Paul Costecalde


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