Millau. La table ronde sur le service de psychiatrie reportée aux calendes grecques

Fanny Alméras
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La table ronde avait été demandée pendant la mobilisation du 20 février dans les locaux de la direction du centre hospitalier. © Millavois.com

Ces dernières semaines, une grande partie du personnel du service de psychiatrie adultes de l’hôpital de Millau, soutenue par l’intersyndicale hospitalière, s’est mobilisée pour défendre l’avenir du 5e secteur. Dans un contexte national de pénurie médicale et à l’approche du départ du Dr Gonzalès le 1er mai, tous espéraient qu’une issue pourrait émerger d’une table ronde réclamée par les syndicats.

Il y a encore quelques jours, direction, élus, Communauté Médicale d’Établissement (CME) et représentants du personnel affichaient un front commun. Une « task force » était même évoquée et, surtout, un rendez-vous fixé au 3 mars dans les locaux de l’Agence régionale de santé Occitanie à Montpellier.

Autour de la table, l’intersyndicale souhaitait réunir l’ensemble des acteurs concernés : le directeur général de l’ARS, le CHU de Montpellier, les représentants syndicaux, les maires de Millau, Saint-Affrique, la préfète de l’Aveyron et la direction millavoise, afin de sécuriser, au moins temporairement, le fonctionnement du service.

Rappelons qu’après le départ du docteur Gonzalès, il ne restera plus qu’un seul psychiatre, un médecin « PADHUE » (praticien diplômé hors Union européenne). Or, sans numéro RPPS (Répertoire partagé des professionnels de santé), qu’il n’obtiendra qu’à l’automne, il ne pourra exercer seul. « Entre-temps, il faut trouver des solutions pour assurer la continuité des soins auprès des 2 000 patients. Cela fait des mois que nous alertons », rappellent les syndicats.

Dans un contexte national de recrutement tendu plusieurs pistes devaient être étudiées : coopération avec d’autres établissements, renforts temporaires, réquisitions éventuelles demandées par les syndicats, organisation territoriale provisoirement repensée…

Pas de table ronde

Mais ce rendez-vous décisif n’aura finalement pas lieu. Dans un mail adressé vendredi à l’intersyndicale, l’ARS indique que son directeur général ne participera pas à la rencontre et qu’il sera remplacé. La réunion se tiendrait donc sans plusieurs acteurs majeurs, notamment la maire de Millau et la préfète, contraintes par la période de réserve liée au calendrier électoral. « On s’est posé moins de questions pour organiser des réunions pour le Covid en 2020 », dénoncent certains syndicalistes.

Face à cette reconfiguration, l’intersyndicale a décidé de ne pas participer à ce qu’elle qualifie de « simulacre de rendez-vous ». Chez les soignants, l’écœurement est palpable. « La moindre des choses serait que le directeur général soit présent. On ne sait même pas si le CHU de Montpellier viendra… » Certains parlent même d’un « profond sentiment d’abandon ».

Dans un climat où chacun appelle à l’unité, l’absence du principal décideur régional envoie un signal préoccupant. À Millau pourtant on affirme « ne pas réclamer l’impossible, mais les moyens de garantir une offre publique de psychiatrie accessible à ceux qui en ont besoin ».

Des soins essentiels

Le dossier dépasse largement les lignes budgétaires et administratives. Ce sont des soins essentiels. Des soins dont personne ne pense avoir besoin jusqu’au jour où ils deviennent indispensables. La question n’est ni théorique ni territoriale , elle est profondément humaine, tant pour les 73 agents du service que pour les 2 000 patients du sud Aveyron.

Aujourd’hui, la table ronde tombe à l’eau, et avec elle, une part de la confiance placée dans les instances concernées pour trouver une solution, même ponctuelle.

Il reste juste l’inquiétude de voir un service essentiel pour le sud Aveyron vaciller, faute de décisions à la hauteur des enjeux.

Un préavis de grève a été déposé pour le 5 mars prochain et l’intersyndicale donne rendez-vous aux Millavois le même jour à 17h30 devant la mairie de Millau pour une mobilisation qui était prévue depuis plusieurs jours.

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