À quelques jours du premier tour, qui se tiendra le 15 mars prochain, Dalila Belaid Artis, Emmanuelle Gazel et Christophe Saint-Pierre se sont retrouvés sur la scène du Théâtre de la Maison du Peuple pour une représentation qui, format oblige, relevait plus du monologue que de la pièce chorale. Au cours d’un rendez-vous organisé par nos confrères du Midi Libre et du Journal de Millau, à tour de rôle, les candidats ont présenté leur vision des grands sujets de la campagne, dans une ambiance apaisée et sans réels échanges directs, à quelques exceptions près.
Au fil du « débat », chacun a exposé sa vision pour la Ville sur les six prochaines années, avec une ligne directrice qui s’est affirmée au fil des propos. Emmanuelle Gazel s’est appuyée sur son bilan et a répété sa volonté de « mener à bien un projet réaliste ». Dalila Belaid Artis a appelé à « une ville en autogestion avec l’implication de tous ». Christophe Saint-Pierre a affirmé sa personnalité de maire bâtisseur avec « l’attractivité de la ville comme fer de lance ».
Santé : psychiatrie adulte en péril, hôpital commun… et en attendant ?
Urgence en psychiatrie
La menace de la fermeture du service public de psychiatrie adulte dans le Sud-Aveyron s’est invitée, sans surprise, au débat. Emmanuelle Gazel a plaidé la bonne foi, assurant : « On va avoir quelques mois difficiles, mais je me battrai pour que l’on conserve la psychiatrie adulte publique à Millau. »
Même si elle a indiqué être « en relation étroite avec le CHU de Montpellier afin de trouver des solutions et d’avoir un praticien hospitalier à Millau », l’élue a été ouvertement critiquée par les deux autres candidats. Christophe Saint-Pierre a rappelé que « le départ du docteur Gonzalez est annoncé depuis deux ans ». L’ancien maire a également argué que, lors de son arrivée aux responsabilités en 2014, « le problème était le même avec la maternité » et qu’en « mettant tout le monde autour de la table, le service avait été sauvé ».

Plus inquiétant, il a affirmé : « Quand les personnels me disent que la psychiatrie n’est pas affichée dans le futur organigramme de l’hôpital commun, il y a de quoi se poser des questions. »
Christophe Saint-Pierre a ensuite déclaré que si les urnes lui étaient favorables, il mettrait tout en œuvre pour sauver la psychiatrie adulte à Millau. Dalila Belaid Artis a, elle aussi, indiqué soutenir « pleinement le combat des personnels soignants pour le maintien du service », tout en mettant en doute « la clarté d’Emmanuelle Gazel ».
Hôpital commun : deux pour, une contre, et deux ans de perdus ?
Si le projet d’hôpital commun a reçu toute l’approbation de Christophe Saint-Pierre, l’élu d’opposition n’a pas manqué de fustiger l’actuelle municipalité concernant les deux ans de retard pris par les travaux du futur établissement, qui devrait voir le jour en 2029.
Une remarque qui n’a pas manqué de piquer Emmanuelle Gazel, laquelle a affirmé : « Il n’y a pas eu deux ans de perdus, ce sont deux ans pour construire ce projet médical du Sud-Aveyron. »
Si les deux autres candidats ont affiché leur soutien au projet d’hôpital commun, Dalila Belaid Artis s’est montrée bien plus réservée, voire hostile. « On ne veut pas baisser l’offre de soins et on a besoin de garder un hôpital de proximité, a argumenté la candidate. L’éloignement, c’est une baisse des chances de survie, et ça, ce n’est pas acceptable. »
Dans les faits, l’hôpital commun devrait permettre de gagner une dizaine de lits supplémentaires par rapport au total actuel des structures de Millau et Saint-Affrique.
Un tiers lieu santé ou centre de santé public : deux visions autour d’un même enjeu
Pour compléter le volet santé, deux propositions d’équipements inédits ont été développées lors du débat. Christophe Saint-Pierre a dessiné les contours de l’un des projets phares de son programme : la création d’un tiers lieu santé. Un projet qui, selon lui, « répond à une demande forte des habitants d’accès aux soins et qui est revenu souvent lors de nos différents échanges et rencontres ».
Les élections municipales 2026 à Millau
Le chef de file de la liste Millau en Action a expliqué avoir travaillé sur « un projet innovant de tiers lieu santé, un endroit mutualisé entre les professionnels de santé et les acteurs de la prévention. Une structure qui permettrait d’offrir un premier accompagnement pour les gens qui ont un problème d’accès aux soins ».
Dalila Belaid Artis et ses colistiers ont également exprimé la volonté d’étendre l’offre de soins avec « un centre de santé où les soignants seraient salariés par la Ville ».
Sécurité : armement de la police municipale et vidéoprotection étendue en débat
Le thème de la sécurité a donné lieu à la classique guerre des chiffres. Christophe Saint-Pierre a dénoncé « une augmentation des actes délictueux de 914 en 2019 à 1 246 en 2024 selon le ministère de l’Intérieur ». Emmanuelle Gazel a parlé de « chiffres plutôt stables ». Elle relativise l’augmentation montrée du doigt par son opposant, qui résulterait selon elle « de la mise en place de l’amende forfaitaire délictuelle depuis 2018 ».
Si le constat sur la situation diffère, les deux se sont accordés à dire que les actions de prévention, notamment à travers le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), sont essentielles.

Les deux candidats se sont également rejoints sur la volonté de densifier le réseau de vidéoprotection (42 caméras à ce jour) et son contrôle. Emmanuelle Gazel a souhaité pouvoir « déporter la supervision des caméras vers la Police nationale et ainsi bénéficier d’une surveillance 24h/24 ». Pour Christophe Saint-Pierre, « il est nécessaire d’augmenter les effectifs de la police municipale afin de dédier un agent à la surveillance en temps réel des caméras ».
Il a annoncé vouloir dépêcher une équipe de policiers municipaux en soirée sur le terrain durant l’été. Mais le candidat ne s’est pas arrêté là, puisqu’il a même envisagé d’armer les policiers municipaux. « Les missions sous l’autorité des procureurs vont avoir la charge de missions renforcées, a expliqué Christophe Saint-Pierre. Il s’agit notamment de contrôles routiers pour déceler des consommations d’alcool ou de stupéfiants. Il me paraît nécessaire d’accroître la protection des agents pour garantir leur sécurité. »
Pour Dalila Belaid Artis, l’équation est radicalement différente. « Nous sommes opposés à l’installation de caméras », a argué la représentante de l’Alternative de gauche. « Aujourd’hui, il n’y a pas de reconnaissance faciale, mais qui sait ? D’ailleurs, je ne vois pas d’insécurité à Millau, même quand je me balade à 22 h. » Pour celle qui dit « placer les libertés individuelles au-dessus de tout », le focus doit être mis sur les « violences intrafamiliales et la prévention ».
Cyclamen : une épine dans le pied de la maire sortante
Impossible pour les candidats de passer à travers le sujet chaud du moment : le projet d’implantation de Cyclamen à Millau. L’arrivée d’une centrale de traitement de déchets en aluminium sur la commune soulève de nombreuses questions et doutes, que ses deux adversaires n’ont pas manqué d’opposer à la maire sortante, qui soutient le dossier depuis le début.
C’est Dalila Belaid Artis qui a ouvert les hostilités, dénonçant « une implantation sans aucune sûreté, ni pour l’air, ni pour la terre, ni pour la cuisine centrale ». La candidate a fustigé « des opérations en voie sèche, avec énormément de poussières et des conséquences pour la population. En Moselle, ça a posé d’énormes problèmes, avec des enfants qui saignent du nez, des eaux avec des taux de fer et d’arsenic multipliés par quatre, du plomb par 2,5, entre autres ».
Christophe Saint-Pierre, qui avait jusque-là eu une position plutôt réservée sur la question, s’est montré cette fois-ci plus tranchant. « Il y a énormément d’ambiguïtés sur ce projet, a-t-il indiqué. D’abord sur la nature de l’activité : tri et traitement, tri ou traitement ? Il y a de l’ambiguïté sur les tonnages traités par jour. Lorsque l’on nous annonce moins de 10 tonnes pour passer par une procédure d’enregistrement, mais qu’en regard on dit qu’on va faire 70 000 tonnes par an, il suffit de faire la division pour se rendre compte qu’on est au-delà des 10 tonnes. Troisième ambiguïté : le lieu d’implantation au milieu d’une zone agricole, dont la majorité est en bio, et qui plus est à proximité de la future centrale. Dernier point : on a une grande incertitude sur ce qui pourrait être fait en matière de retraitement du site si l’activité s’arrêtait. S’il demeure autant d’ambiguïtés et d’incertitudes, je n’y serai pas favorable. »

De son côté, Emmanuelle Gazel a maintenu sa position. Elle a rappelé sa rencontre en juillet 2024 avec le chef d’entreprise, aiguillé par la région Occitanie, ainsi que ses entretiens téléphoniques avec les élus locaux d’Eguelshardt pour « s’assurer que l’entreprise était vertueuse ».
La première édile est même allée jusqu’à affirmer « qu’un seul riverain se plaignait en Moselle, mais que les autres ne se plaignaient de rien ». L’élue a également indiqué que « des contrôles complémentaires seraient effectués et qu’une borne de mesure de la qualité de l’air, réalisée par un organisme autonome, serait installée aux frais de l’entreprise ».
Mobilité : limitation de vitesse, pistes cyclables, plan de circulation… une thématique qui cristallise les tensions
La question des mobilités est aujourd’hui un élément central dans l’organisation des villes. Désir d’adopter un moyen de transport plus écologique, souci d’économie ou envie de se déplacer dans une ville apaisée : les vélos et la marche sont de plus en plus plébiscités. Pourtant, la voiture reste souvent le moyen de locomotion privilégié et un vecteur essentiel d’autonomie pour une grande partie de la population. Là encore, chaque candidat a évoqué sa vision.
Si tous s’accordent sur le fait d’adapter la ville à ces nouvelles formes de déplacement, les limitations de vitesse récemment mises en place à Millau et la forme du débat autour de ce sujet sont loin de faire consensus. « Il ne faut pas opposer les mobilités entre elles et j’ai le sentiment que c’est ce qui a été fait depuis le début du mandat, a regretté Christophe Saint-Pierre. Ça devient du coup un sujet épidermique. Millau a une organisation urbaine qui est l’héritage de l’histoire et ne répond donc pas aux mêmes logiques que Paris, Nîmes ou Montpellier. Certains aménagements de vitesse sont nécessaires, mais pas partout. Ce sera notre priorité de début de mandat, avec un retour au 50 km/h sur le boulevard extérieur. »
Dalila Belaid Artis a partagé ce constat, dénonçant « une vitesse parfois intenable sur des axes comme les boulevards extérieurs ». La tête de liste de l’Alternative de gauche a appelé à « la réalisation de vraies pistes cyclables qui permettent, à vélo, de circuler partout en sécurité ».
Emploi, formation, logement, commerce et aménagement urbain : quel cadre de vie pour demain ?
Durant les plus de deux heures qu’a duré le débat, de nombreux autres sujets ont été abordés : emploi, formation, logement, commerce et aménagement urbain. Chacun a apporté sa vision.
Tous ont identifié le cœur de ville comme une zone d’action prioritaire, avec une nécessité d’embellissement et d’encouragement de la mixité sociale, notamment à travers le logement.
Le commerce était aussi au cœur de chaque discours. Les positions se sont rejointes sur le sujet, avec pour tous la volonté d’encourager l’installation de nouveaux commerces et d’assurer le maintien de l’existant.
Les derniers jours de campagne s’annoncent décisifs et les trois listes en lice devront redoubler d’efforts afin de convaincre le plus d’électeurs avant les suffrages des 15 et 22 mars prochains.


