Municipales 2026 : Christophe Saint-Pierre déroule ses projets dans les rues de Millau

À huit jours du premier tour des élections municipales, l'ancien maire et candidat Christophe Saint-Pierre a conduit une « marche des projets » à travers le centre-ville, passant en revue certaines des réalisations de son précédent mandat et les ambitions qu'il porte pour le prochain.

Yannick Périé
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© Millavois.com

Ce samedi matin, sous un ciel gris et parfois pluvieux, une cinquantaine de personnes ont sillonné les rues de Millau pendant près de deux heures. Au départ du local de campagne de l’avenue de la République, Christophe Saint-Pierre et les membres de sa liste « Millau en action, construisons demain » ont transformé la promenade en véritable cours de politique urbaine. Onze haltes, onze projets (réalisés ou à venir) pour incarner une vision de la ville que le candidat résume en un mot : cohérence.

L’exercice avait quelque chose de délibérément pédagogique. À huit jours du premier tour, Christophe Saint-Pierre entend rappeler aux Millavois ce qui a été fait — et ce qui, selon lui, reste à faire. L’itinéraire emprunté n’est pas anodin : il traverse le cœur de ville, longe les quais, passe par les quartiers anciens, frôle les équipements publics. Autant de lieux qui racontent, pierre après pierre, la philosophie d’un homme qui se définit lui-même comme un « maire bâtisseur ». Une expression qu’il oppose, sans jamais la nommer directement, à la gestion de sa principale concurrente, la maire sortante Emmanuelle Gazel.

1 – La résidence de l’Ayrolle : l’esprit demeure

Premier arrêt devant la future résidence de l’Ayrolle, en plein centre-ville. Christophe Saint-Pierre rappelle que ce terrain a été identifié dès 2018, dans le cadre du dispositif national Action Cœur de Ville, comme un emplacement stratégique pour y développer du logement à deux pas des rues commerçantes. Le foncier disponible et la superficie du site en faisaient, aux yeux de la municipalité d’alors, un endroit idéal pour rapprocher du cœur de Millau des habitants des quartiers nord et nord-ouest, construits dans les années soixante à quatre-vingt.

Le projet initial, porté avec le promoteur Kaufman & Broad, prenait la forme d’une résidence senior, destinée à des personnes « encore parfaitement valides » souhaitant se rapprocher des commerces et services du centre. Les opposants avaient agité le spectre de tarifs prohibitifs — un argument que Christophe Saint-Pierre récuse : « Avec Daniel Diaz, nous avions fait les calculs. Les prix étaient du même ordre que ceux des établissements d’accueil pour personnes âgées du territoire. » Le programme a depuis évolué vers un ensemble d’appartements classiques, articulé autour de trois niveaux d’accessibilité. Le candidat s’en satisfait pleinement : « Le projet a changé, on est OK. L’esprit qui avait été le nôtre reste le même. »

2 – L’EHPAD Terrasses des Causses : un emprunt assumé

Non loin de là, devant l’EHPAD Terrasses des Causses, Christophe Saint-Pierre revendique cette réalisation comme l’une des premières décisions prises avec son adjoint Bernard Niel à leur arrivée en 2014. Confrontés à l’état « parfois quasi indécent » dans lequel étaient accueillis les aînés millavois dans les structures existantes, les deux élus ont voulu agir vite. Mais le centre hospitalier n’avait pas la capacité financière d’assurer le portage de la construction. La solution a donc été de créer un établissement communal, par délibération du conseil municipal, pour pouvoir lancer les travaux.

L’emprunt contracté à cette occasion a depuis alimenté la polémique. Christophe Saint-Pierre ne s’en cache pas, et ne s’en excuse pas davantage. « Il n’y avait pas d’autre solution à ce moment-là. Nous l’assumons pleinement. » Un bâtiment neuf, des résidents dans des conditions dignes : pour lui, la démonstration est faite.

3 – Le tiers-lieu Santé : la prévention avant tout

Juste à côté de l’EHPAD, Christophe Saint-Pierre s’arrête sur un projet encore à naître : la création d’un tiers-lieu Santé, porté au sein de la liste par Martine Mananet. L’idée est d’investir des locaux mitoyens, actuellement sous la responsabilité du conseil d’administration de l’EHPAD, pour en faire un espace dédié surtout à la prévention. « On peut utiliser ce lieu de façon provisoire, avant d’aller ailleurs si nécessaire. L’essentiel, c’est d’agir », indique le candidat. Le projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur la désertification médicale et sur les nouvelles façons d’appréhender la santé à l’échelle d’un territoire de taille intermédiaire comme Millau.

4 & 5 – Beauregard et le gymnase Paul Tort : la lettre au Père Noël

La marche conduit ensuite le groupe entre le gymnase Paul Tort et l’opération de renouvellement urbain Beauregard, portée par Aveyron Habitat. Pour Christophe Saint-Pierre, ces deux réalisations incarnent l’essence même d’Action Cœur de Ville : mettre en cohérence, sur un même périmètre, de l’habitat rénové et un équipement public de qualité. « Nous n’avons pas attendu les quartiers prioritaires de la politique de la ville pour travailler sur le renouvellement urbain. Nous nous sommes intéressés à ce quartier parce que c’était une nécessité, pas parce qu’un texte réglementaire nous y obligeait. »

Le gymnase Paul Tort, inauguré sous le mandat d’Emmanuelle Gazel mais préparé sous celui de Christophe Saint-Pierre par ses deux adjoints aux sports successifs, Hugues Richard puis Bernard Soulié, est cité comme l’illustration d’un travail de fond qui dépasse les clivages électoraux.

Et d’évoquer avec une pointe de malice la réaction de sa principale concurrente lors de la présentation du dispositif en conseil municipal : « Elle m’avait dit que je faisais ma lettre au Père Noël. Ma lettre au Père Noël, vous l’avez sous les yeux. Des logements rénovés et un complexe sportif. Ce sont de beaux cadeaux. »

6 – Le Vieux Moulin : un pont entre deux mandats ?

Sur le pont vieux qui mène au Vieux Moulin, le ton se fait plus solennel. Christophe Saint-Pierre rend hommage à Karine Orcel, alors adjointe à la culture, et à Alain Neyrac, adjoint aux travaux, qui ont dû accélérer les procédures administratives (complexes s’agissant d’un monument historique) pour sauver l’édifice gravement fragilisé par une crue survenue quelques mois avant leur prise de fonctions. « C’est une des premières décisions de notre mandat, et c’était une urgence absolue. » Le symbole n’échappe à personne : arrêter une marche sur un pont pour parler de transmission et de continuité.

L’arrêt au Vieux Moulin est aussi l’occasion pour le candidat d’esquisser une politique culturelle ambitieuse pour le prochain mandat. Il rappelle que François Leyge, ancien directeur des affaires culturelles de la ville, aura la charge de la restauration du patrimoine. L’ambition est claire : « Je veux qu’on arrive à raconter le récit historique qui est le nôtre. Ce qu’a été Millau, ce qu’est Millau. » Cela passera par un vrai travail muséographique (le musée actuel n’est pas accessible aux personnes à mobilité réduite, une situation que Christophe Saint-Pierre juge inacceptable), mais aussi par une politique d’expositions temporaires capables de rayonner bien au-delà de l’Aveyron. « On veut s’inscrire dans un parcours de visites régional, au même titre que Soulages à Rodez, le musée Fleury à Lodève ou le musée Fabre à Montpellier », dit-il. Une ambition qui suppose des moyens, mais aussi une vision, et la volonté d’assumer l’une et l’autre.

7 – La crèche Le Cocon : une offre de garde en cœur de ville

Petite halte devant la crèche Le Cocon, dite Saint-Martin. Dans le cadre du Pôle petite enfance développé avec Bernard Niel et Bérénice Lacan, la municipalité avait tenu à maintenir une structure de garde en plein cœur de ville, complémentaire du pôle principal. Les murs ont été achetés via le CCAS avec une aide de la mairie, rappelle Bernard Niel, présent dans le groupe. L’enjeu était simple : offrir aux familles qui vivent en centre-ville un mode de garde de proximité, sans les contraindre à traverser toute la commune pour confier leurs enfants.

L’arrêt est pour le candidat Saint-Pierre l’occasion de développer l’un de ses thèmes de prédilection. « Une ville, ça s’aménage. Quand j’entends qu’on ne veut pas être maire aménageur, je ne comprends pas. Si on ne réfléchit pas à la complémentarité des équipements, si on ne se demande pas comment les gens y accèdent, comment ils y vivent, on n’est pas en mesure de travailler sur l’attractivité. On n’a tout simplement pas d’ambition pour sa ville. » Une pique à peine voilée à l’adresse de la majorité sortante, sans qu’aucun nom ne soit prononcé.

8 & 9 – Voultre et îlot des Sablons : aérer, ouvrir, inviter

Dans l’espace Voultre, puis devant l’îlot des Sablons en cours de réalisation, Christophe Saint-Pierre développe ce qu’il appelle sa philosophie de la ville : créer des « sauts de puce », ces perspectives visuelles qui donnent envie au passant de continuer sa déambulation, de pénétrer dans une ruelle, de découvrir la place cachée derrière l’angle d’un immeuble. La démolition du grand bâtiment triangulaire qui obstruait l’espace Voultre a permis de « faire pénétrer la lumière dans le quartier », de rénover les façades périphériques, et de créer un espace vert planté, pensé pour répondre aux défis du réchauffement climatique (désimperméabilisation des sols, strates arbustives pour l’ombrage) tout en restant accessible aux personnes à mobilité réduite.

Le candidat observe un phénomène récurrent : « De façon assez systématique, quand la collectivité imprime une dynamique forte sur l’espace public, l’investissement privé prend le relais. Ça a été le cas sur les quais. Ça a été le cas place de La Capelle. » L’espace Voultre s’inscrit dans cette logique, tout comme l’îlot des Sablons — dont Christophe Saint-Pierre regrette toutefois que le périmètre ait été réduit par rapport au projet initial, qui devait être visible depuis les deux boulevards encadrant le centre ancien. « Cette logique de parcours a été appauvrie. Je le regrette, parce que derrière l’aménagement, il y a la dynamique commerciale. Si les gens ne sont pas invités à circuler, ils ne consomment pas dans les boutiques. »

10 – Le Pôle Petite Enfance : 60 % de subventions

Devant le Pôle Petite Enfance, le candidat défend l’une des grandes réalisations de son mandat, pilotée par son adjointe Bérénice Lacan. L’objectif était de regrouper sous un même toit plusieurs structures d’accueil de la petite enfance, tout en créant pour la première fois sur le territoire millavois un relais d’assistantes maternelles, un point de convergence permettant à ces professionnelles de travailler en réseau et de se former. Des associations liées à la parentalité ont également été accueillies dans le bâtiment. Au total, le projet a été financé à plus de 60 % par des partenaires institutionnels, « ce qu’on nous reproche parfois de ne pas savoir faire », note Christophe Saint-Pierre avec un sourire.

Mais le pôle, pensé pour les besoins d’il y a dix ans, montre aujourd’hui ses limites face à l’évolution des modes de vie. Le candidat envisage donc pour le prochain mandat un rapprochement avec des structures privées, plus souples sur les amplitudes horaires. « Les familles ont besoin de gardes de plus en plus tôt le matin, de plus en plus tard le soir. Nos équipements publics ne couvrent pas toujours ces plages. Il faut être pragmatique et aller chercher des solutions là où elles existent. »

11 – Le Parc des Sports et la Maladrerie : un coup de rabot regretté

Dernier arrêt sur le complexe Gabriel Monteillet, à deux pas de la piscine et de la salle d’escalade. « Le sport est dans l’ADN de Millau », affirme Christophe Saint-Pierre. Mais l’heure n’est pas qu’aux satisfactions. Le candidat exprime ses regrets sur la salle d’escalade : imaginée avec quelques mètres supplémentaires de hauteur pour pouvoir accueillir des compétitions nationales et internationales, en partenariat avec la Fédération Française d’Escalade et le club local, elle a été revue à la baisse par la municipalité sortante. « Sous prétexte de fausse économie, ces objectifs ne sont plus atteignables. C’est une mise en perspective du territoire qui est tombée à l’eau. » Le parc des sports dans son ensemble connaît par ailleurs, selon lui, des déficits d’entretien auxquels il faudra remédier.

Pour le mandat à venir, l’accent sera mis sur la plaine de la Maladrerie, que Christophe Saint-Pierre décrit comme un atout sous-exploité. Son stade d’eaux vives attire pourtant des sportifs de tout le sud de la France, et même des équipes internationales de sapeurs-pompiers venant s’y entraîner à la gestion des crues. « C’est un équipement structurant qu’il faut renforcer et dynamiser », plaide-t-il, en mentionnant Guilhem Prax, membre de la liste chargé des sports. Au programme également : de nouveaux vestiaires et salles de préparation pour les sports collectifs, et la création d’un véritable parvis à l’entrée de la Maladrerie depuis le Pont Lerouge, pour donner à ce pôle sportif exceptionnel la visibilité qu’il mérite.

Onze projets évoqués, une conviction

« L’itinéraire que nous avons fait aujourd’hui nous a obligés à traverser le cœur de ville », conclut Christophe Saint-Pierre au terme de la marche, la voix toujours assurée. « Si on ne donne pas aux gens la volonté de le traverser, on ne leur donnera pas envie d’y vivre, d’y manger, de fréquenter les commerçants. L’envie de traverser la ville, on la donne par la qualité de l’espace public. C’est le fil conducteur du projet que nous défendons. »

Deux heures de marche, onze projets, une conviction : une ville ne se gère pas, elle se construit. Le premier tour des élections municipales se tient dans huit jours.


Six ans de mandat d’Emmanuelle Gazel : le bilan en quelques adresses

En marge de la marche, une personne pose la question qui fâche : si l’on voulait faire le même exercice avec les réalisations d’Emmanuelle Gazel depuis 2020, par où passerait-on ? Christophe Saint-Pierre marque un silence, pesant, avant de répondre avec franchise : « Par l’avenue de la République, puis par la halle sportive Marie-Amélie Le Fur. On passerait par la piste cyclable qui mène au lycée Jean-Vigo. Je vous accorderais aussi le city-stade en cours de réalisation au stade scolaire… et le terrain synthétique de la Maladrerie. » L’inventaire est court. Sans s’y appesantir, Christophe Saint-Pierre laisse l’image faire son travail.

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