Depuis fin janvier, une vingtaine de bénévoles s’activent dans un hangar de l’ancienne caserne des sapeurs-pompiers pour donner vie à cette bête extraordinaire. Soudeurs, peintres, ferrailleurs, une armée de l’ombre au service du carnaval. Parmi eux, Frédéric Carles, chef d’orchestre des ferrailleurs, qui a laissé une dent dans l’aventure — au sens littéral. Une dent cassée en plein travail, pour la cause carnavalesque.

C’est David Libourel, alias « DAF », fidèle dessinateur de la mascotte, qui a traduit l’idée en plans. Une idée soufflée, dit-on, par Philippe Monnier. « C’est la deuxième fois que l’on fait ce type de forme, se souvient DAF, après la mascotte représentant la mouche du tri sélectif il y a quelques années. » Cette fois, l’araignée est plus large que jamais, au point que ses concepteurs sourient à moitié : « On craint d’ailleurs de ne pas pouvoir la faire sortir du hangar. »
L’IA dans le collimateur
L’an dernier, c’est la masculinité toxique qui partait en fumée sous les traits d’un crapaud. Cette année, place à la pieuvre numérique. L’IArraignée symbolise une IA qui « tend sa toile » et « recrache une toile de fake news et tout un tas d’autres choses ». Tout autour d’elle défileront des robots en tout genre : l’IA homme politique, l’IA professeur, l’IA policier, l’IA agriculteur, l’IA artiste… Un bestiaire de carton-pâte pour mieux exorciser nos angoisses contemporaines, comme seul le carnaval sait le faire.
Et pour semer le chaos dans cet ordre numérique, la Compagnie La Manivelle a promis « une horde d’une vingtaine de bouffons » qui mettront joyeusement la pagaille dans le cortège. On a hâte.
Un carnaval qui vit grâce à ses bénévoles
La présentation avait lieu ce matin sans les élus, retenus par un conseil municipal (on élisait ce matin même le nouveau maire de Millau). Mais le Kollektif n’avait pas besoin de discours officiels pour faire la fête.

Hervé Marcillac, directeur de la MJC, a rappelé le chemin parcouru : « Après les années COVID, il y avait plein de raisons de ne plus faire le carnaval à Millau, mais nous avons été soutenus et ça a été un succès retentissant. Les gens ont besoin d’un carnaval comme celui de Millau, avec ses traditions de subversion, ses traditions carnavalesques, ses traditions occitanes. »
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Cette édition bénéficie d’un budget de 15 000 €, avec le soutien de la Ville de Millau (8 000 €) et du Département de l’Aveyron (3 000 €), des subventions revues à la hausse, saluées par les bénévoles, mais qui ne cachent pas leur amertume face à une réalité qui s’impose : « La norme est en train de tuer la vie associative locale. » Et si l’on intégrait les heures de bénévolat au budget, Hervé Marcillac est formel : « On arrive facilement à 30 000 €. »

Philippe Ollivier, nouveau président de l’Association des Peintres et Sculpteurs Millavois, s’est lui félicité de « cette émulation associative qui existe à Millau et que l’on ne retrouve nulle part ailleurs ». Difficile de le contredire.
Rendez-vous samedi 28 mars, 15h30, place du Mandarous
Le cortège s’élancera comme chaque année du Mandarous pour rejoindre le Parc de la Victoire, où l’IArraignée connaîtra son destin : les flammes, sous les vivats de la foule. Venez déguisés, venez nombreux, venez faire du bruit. Le printemps ne se fête pas tout seul, et à Millau, on sait mieux que partout ailleurs comment s’y prendre.


