Les urnes ont à peine rendu leur verdict que la controverse sur le futur hôpital commun du Sud-Aveyron reprend de plus belle. Christophe Saint-Pierre ayant été élu au premier tour à Millau et Clément Carles à Saint-Affrique, le Dr Alain Vernier, médecin et défenseur infatigable d’une implantation sur le Larzac, a choisi ce moment de renouveau politique pour remettre sur la table un dossier qu’il juge crucial pour l’avenir sanitaire du territoire.
Un site contesté, un projet fragilisé
Dans un courrier diffusé ce dimanche, le praticien à la retraite de Vabres-l’Abbaye ne mâche pas ses mots sur le site de Vergonhac, retenu en mars 2022 pour accueillir le nouvel établissement. Pour lui, ce choix constitue « l’exact opposé » de ce qu’aurait dû être une décision rationnelle. Il y voit même « une calamité » et s’interroge : « Quels caprices expliquent ce contre-sens ? »
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Sa crainte principale, dans un contexte de lourd déficit de l’État, est que l’administration de la santé finisse par abandonner purement et simplement le projet, se satisfaisant de la « régression progressive acceptée à Saint-Affrique ». Dans ce scénario, écrit-il, « les Millavois devront alors se contenter de leur hôpital avec tous ses problèmes ».
Beaumescure, « le projet d’intérêt général par excellence »
Face à Vergonhac, Alain Vernier oppose point par point les mérites du site de Beaumescure, situé à la sortie 46 de l’A75 sur le Larzac, à proximité du viaduc de Millau. Selon lui, cette localisation était « le seul et unique moyen d’éviter de créer un hôpital souffreteux et déficitaire » : accessible depuis Montpellier, disposant d’un terrain suffisant, et surtout capable d’attirer la population dispersée du Sud-Aveyron (« Millau à 15 minutes, Saint-Affrique à 21 minutes, Sévérac à 24 minutes »), tout en captant, le long de l’A75, les habitants de La Canourgue jusqu’au Caylar.
Cet enjeu démographique est, à ses yeux, fondamental. Il rappelle que « les bons médecins hospitaliers veulent être au moins trois par spécialité pour limiter la charge en astreintes de nuit et de week-end », mais qu’ils exigent aussi « une activité suffisante les jours de semaine pour maintenir leurs compétences ». Sans bassin de population suffisant, pas de recrutement médical de qualité : c’est là le nœud du problème.
Vergonhac, selon lui, ne résoudra pas cette équation. Le site produira « un hôpital neuf mais pas supérieur à ceux qui l’entourent » et « n’attirera pas plus de population et donc pas plus de médecins que le CH de Millau actuel » : ce que le nouvel établissement gagnera du côté de Saint-Affrique, il le perdra du côté de Séverac.
L’obstacle principal à Beaumescure était d’ordre administratif : le choix de ce site imposait de modifier le Schéma de Cohérence Territoriale (SCOT). Une contrainte que le Dr Vernier balaie, estimant que « des élus motivés et dynamiques peuvent réaliser [cela] très vite ».
Une décision viciée par le jeu politique, selon le médecin
La partie la plus sévère du réquisitoire du Dr Vernier porte sur les conditions dans lesquelles le site de Vergonhac aurait été retenu. Il estime que « le site aurait dû être choisi par l’État et selon des critères techniques », l’État étant « le responsable et le financeur des hôpitaux ». Or cette procédure aurait été « remplacée par une cascade de décisions égocentriques ».
Il décrit un processus de décision où les grands élus locaux, flattés par la délégation qui leur était faite, auraient « rapproché l’hôpital de leurs électeurs personnels sans comprendre qu’ils les défavorisaient en pénalisant l’hôpital ». Dans ce récit, l’ancienne maire de Millau, Emmanuelle Gazel, aurait « exigé Vergonhac proche de Millau » pour « assurer » sa réélection, soutenue par la Région et « l’assistance technique et très amicale du Parc Régional ». Le sénateur de Saint-Rome-de-Tarn, Alain Marc, qui « rêve d’une route coûteuse Saint-Affrique – Saint-Rome-de-Tarn – Millau » passant justement par Vergonhac, aurait suivi. Puis le président du Conseil Départemental, Arnaud Viala, élu dans ce même canton, « avec ses subventions ». Puis l’ancien maire de Saint-Affrique, Sébastien David, « pour protéger ses subventions béton et goudron ». Et enfin le député Jean-François Rousset, élu après le choix de Vergonhac, qui aurait abandonné Beaumescure pour s’aligner, dit-il, « courageusement ».
Le médecin précise pourtant qu’en 2020, les élus actuellement en poste, dont les nouveaux maires de Millau et de Saint-Affrique, lui avaient exprimé des avis favorables ou très intéressés concernant Beaumescure. L’actuel député en était même, selon lui, « un défenseur » ayant pris position par « articles et conférences de presse ». Seul le sénateur de Saint-Rome-de-Tarn s’y est toujours opposé : « Il parlait sans cesse d’autre chose et n’écoutait pas mes arguments », confie le Dr Vernier, qui dit l’avoir rencontré quatre fois, une heure à chaque fois.
Un appel aux nouveaux élus
Dans ce contexte de renouvellement municipal, Alain Vernier voit peut-être s’ouvrir « encore une petite chance pour éviter une grosse bévue sur le deuxième plus gros chantier du Sud-Aveyron après le viaduc de Millau ». Il formule une alternative tranchée : soit « il est urgent de ne rien déranger », de peur que toute remise en cause ne justifie l’abandon du projet par l’État, soit « il est urgent de revenir à Beaumescure » pour éviter un mauvais hôpital, un établissement ingérable pour les maires et « un nouveau gouffre financier pour l’État qui n’a pas besoin de ça ». Dans ce second cas, il préconise de saisir « un organisme spécialisé de niveau national » ou d’organiser un référendum.
Il s’interroge enfin sur la portée civique du choix fait : « Avec les motivations déclarées et devinées pour Vergonhac, on ne va pas réduire l’abstention des jeunes : où sont la lucidité, l’abnégation, l’enthousiasme ? » Et il conclut sur une question de principe : « Est-il digne que l’argent de nos impôts soit utilisé par le caprice des uns et dans l’indifférence des autres ? »
L’intégralité du dossier constitué par le Dr Vernier est consultable à l’adresse : https://lc.cx/hopitalbeaumescure


